Fred Marie est de ceux qui vont là où peu de journalistes peuvent aller. Photojournaliste spécialisé dans la défense, il a suivi pendant plus de trois ans une section de parachutistes français, de leurs premiers sauts au désert malien. Il en a tiré un livre auto-édité, « Paras », co-signé avec l'adjudant-chef Jean-Raphaël Drahi.
Mais Fred Marie est aussi un entrepreneur du reportage : blog, collectif, magazine, podcast. Rencontre avec un homme-orchestre du photojournalisme.
Fred Marie, reporter embarqué avec les parachutistes français, du Sahel à la Guyane
Photographe, photojournaliste, formateur, éditeur, entrepreneur : Fred Marie porte beaucoup de casquettes, et il assume. Derrière son travail, il y a un blog, Destination Reportage, un collectif de près de quatre-vingts photographes, le Collectif DR, un magazine, un podcast, et des livres. Tout est lié, répète-t-il : le journalisme n’est pas pour lui un simple métier mais une manière de voir le monde, pour laquelle il faut, chaque jour, inventer des débouchés économiques.
Formé en histoire-géographie puis en journalisme, il apprend la photo sur le tas, au contact d’autres photographes, en couvrant l’actualité locale toulousaine pour la presse quotidienne régionale. C’est là, presque par hasard, en photographiant une cérémonie dans une caserne, qu’il découvre l’univers militaire. De reportage en reportage, il s’y spécialise, jusqu’à partir en opérations extérieures auprès de régiments français et d’armées étrangères. Un milieu, dit-il, bien plus stimulant et bien moins cliché qu’on ne l’imagine de l’extérieur.
Son récit du terrain est saisissant : la zone des trois frontières entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso, les véhicules disposés en cercle pour la nuit, la menace des engins explosifs, la chaleur à cinquante degrés, le convoi qui cahote dans les blindés. Il évoque aussi la Guyane, son humidité, ses serpents et ses araignées. Embedded — intégré au dispositif militaire —, il mesure sa chance et sa position : ne pas gêner, se faire oublier pour capter des images justes, tout en restant conscient qu’il ne raconte l’histoire que d’un seul côté.
Son angle, justement, n’est pas l’action spectaculaire — rarement photographiable, souvent trop dangereuse — mais la vraie vie de la guerre : ceux qui attendent, se préparent, subissent et s’adaptent. C’est tout le projet de « Paras » : suivre de jeunes engagés de dix-huit ou vingt ans depuis leur premier jour — premiers sauts, premiers tirs, premiers déploiements — jusque dans leur intimité. Trois années de proximité qui créent des liens, comme ce soldat croisé en Guyane qui éclate de rire en le reconnaissant au milieu du désert.
Entre deux souvenirs de terrain, Fred Marie glisse un constat lucide sur son métier : faire des photos, sortir l’appareil du sac, cela ne représente que cinq pour cent du temps. Le reste, c’est la réflexion, la préparation, le marketing, la vente. Une réalité qu’il enseigne désormais aux autres photographes — fidèle à son idée que, dans le reportage comme ailleurs, tout finit par se connecter.
Liens
Pour suivre Fred Marie :
À écouter aussi sur Photo Storia :
- Yegan Mazandarani (épisode n°6)
- William Lambelet (épisode n°16)
- Eric Bouvet (épisode n°20)
- Florent Tallarico (épisode n°21)
- José-Nicolas (épisode n°41)
- Jean-Raphaël Drahi (épisode n°42)
Les références de l’épisode
- Livre « Paras » (co-écrit avec l’adjudant-chef Jean-Raphaël Drahi, auto-édité, Escourbiac) · Collectif DR / blog Destination Reportage · Magazine Defense Zone · Podcast pour photographes professionnels · 11e brigade parachutiste, régiment de Castres · Zone des trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso), Sahel, Guyane · Reportage embedded · Presse : Paris Match, VSD, L’Équipe Magazine, Le Figaro, Le Monde, National Geographic
Au fil de l’épisode
- 00:00:16 — Un homme-orchestre : magazine, collectif, podcasts
- 00:02:30 — Le livre « Paras », auto-édité
- 00:04:11 — Son parcours : les premiers clients magazines
- 00:05:07 — Se tourner vers l’enseignement et la formation
- 00:05:55 — Le collectif « Destination Reportage »
- 00:06:22 — Journalisme ou entrepreneuriat ?
- 00:07:41 — Autodidacte, mais nourri de rencontres
- 00:09:13 — Apprendre au contact des grands médias
- 00:10:05 — La photo, cinq pour cent du métier
- 00:11:02 — La spécialisation : sports extrêmes et défense
- 00:11:15 — De correspondant local aux grands reportages
- 00:13:21 — Être photographe embarqué en mission militaire
- 00:16:28 — La menace de l’autre côté du camion
- 00:17:47 — Les engins explosifs
- 00:19:23 — « J’ai morflé dix jours, eux deux mois »
- 00:21:20 — Serpents et araignées en Guyane
- 00:22:38 — Se faire oublier tout en s’intégrant au groupe
- 00:23:36 — Suivre de jeunes soldats et créer des liens
- 00:25:47 — La frustration de l’image d’action
- 00:27:20 — Sa première photo à impact : le funambule sur une corde à linge
- 00:29:06 — Combien de temps l’appareil reste dans le sac
- 00:30:49 — La rencontre avec Jean-Raphaël Drahi (2014) et le projet « Paras »
- 00:32:06 — « Paras », un regard croisé civil / militaire
- 00:33:36 — Journaliste civil contre communicant militaire : l’accès
- 00:35:41 — L’iconographie et le graphiste
- 00:36:36 — L’objectif de précommandes
- 00:38:20 — Le retour sur l’auto-édition
- 00:41:37 — Rentabiliser le projet et faire du bénéfice
- 00:43:12 — Devenir formateur en ligne
- 00:46:17 — Les erreurs et ce qu’il ferait autrement
- 00:50:20 — Le Club des stratèges
- 00:53:21 — Sa chaîne YouTube : vlogs et documentaires
- 00:54:46 — Le mot de la fin
FAQ
Qui est Fred Marie ?
Un photojournaliste français spécialisé dans la défense et les sports d’aventure, fondateur du blog Destination Reportage et du Collectif DR, et rédacteur en chef du magazine Defense Zone.
De quoi parle le livre « Paras » ?
De trois années passées à suivre une section de parachutistes français, de leurs premiers sauts à leurs opérations au Sahel. Le livre est co-signé avec l’adjudant-chef Jean-Raphaël Drahi.
Qu’est-ce qu’un photographe « embedded » ?
Un journaliste intégré à un dispositif militaire, qui vit et se déplace avec les forces armées — une position plus sûre, mais qui ne montre l’histoire que d’un seul côté.
Fred Marie ne fait-il que de la photo ?
Non : il se définit avant tout comme journaliste et entrepreneur du reportage. Faire des images ne représente, dit-il, que cinq pour cent de son temps.