Yegan Mazandarani est un photographe franco-iranien qui a fait de l'argentique et du reportage documentaire sa signature. Touche-à-tout — musique, mode, enseignement, entrepreneuriat — il ne se dit photographe que depuis peu, malgré une dizaine d'années de pratique. C'est son livre Parias, réalisé au cœur de la guerre du Donbass en moyen format noir et blanc, qui l'a imposé : un carnet de terrain devenu ouvrage primé, entièrement auto-édité.
Dans cet épisode, il raconte le tirage argentique, l'exigence du témoignage, la fabrication du livre et sa double culture iranienne, qui irrigue déjà ses projets à venir.
Yegan Mazandarani, le reportage documentaire à l’argentique, du Donbass à l’Iran
Un touche-à-tout qui se découvre photographe
Yegan Mazandarani a longtemps hésité à se dire photographe. Franco-iranien, formé au commerce et à la négociation internationale, il vient à l’image par nécessité — pour la mode, pour les artistes qu’il manageait dans la musique, puis au fil de ses voyages, du Kazakhstan à l’Iran en passant par le Baloutchistan. Touche-à-tout et volontairement indépendant, il enchaîne les projets (enseignement à Téhéran, organisation de festivals, missions en entreprise pour financer ses reportages) et n’a osé écrire « photographe » sur son CV que très récemment, malgré des expositions dès sa deuxième année. Face aux grands noms qu’il admire, la légitimité s’est gagnée lentement.
Cette fibre d’entrepreneur, dit-il, est aussi ce qui lui a ouvert les portes pour mener son livre à terme.
Le Donbass, un livre né du terrain
Tout bascule avec le Donbass. C’est un ami photographe du collectif DR, William Keo, qui l’entraîne sur ce conflit peu couvert. Parti « sur un coup de tête », Yegan Mazandarani y découvre une réalité qui l’absorbe entièrement et l’oblige à travailler sérieusement : il photographie de vraies personnes qui lui confient leur histoire, et refuse de trahir cette confiance ou de céder au pathos. Son parti pris : témoigner honnêtement de l’atrocité de la guerre, sans prendre parti. Il travaille au moyen format argentique, en noir et blanc, avec toutes les contraintes que cela implique — pellicules passées en contrebande, images invisibles jusqu’au développement, carnets noircis sur le terrain. L’idée du livre ne viendra que six mois plus tard, en redécouvrant ses images et ses carnets.
Parias, ce carnet devenu ouvrage, il choisit de l’auto-éditer entièrement seul, par volonté de tout maîtriser — un pari qui lui vaudra un prix et une belle diffusion en librairie.
L’argentique et le livre, un travail d’artisans
Le plus long, avec l’argentique, se joue avant le livre : développement, scan minutieux, dépoussiérage, double retouche, puis de longues semaines en chambre noire avec son tireur Fred Goyeau, à travailler chaque image « à la chimie ». Vient ensuite l’impression. En cherchant « imprimeur France » sur Google un dimanche de confinement, Yegan tombe sur John Briens, chez Escourbiac (→ à mapper : John Briens) : deux heures et demie au téléphone, un coup de foudre, et le début d’une amitié. C’est John qui l’aide à resserrer son livre — de 250 à 172 pages — et à choisir son papier : un Article Volume ivoire, aux tons chauds, pour réchauffer des images froides tournées dans l’Est. De cette rencontre naît une vraie complémentarité entre le tirage d’art et le livre, entre l’artisan photographe, l’artisan tireur et l’artisan imprimeur.
La suite s’annonce au long cours : un état des lieux de la société iranienne, une enquête sur l’anarchisme — des projets documentaires qu’il veut mûrir sur plusieurs années.
Liens
Pour suivre Yegan Mazandarani :
À écouter aussi sur Photo Storia :
- John Briens (épisode n°5)
- Pascal Villeneuve (épisode n°9)
- Fred Marie (épisode n°12)
- Eric Bouvet (épisode n°20)
- José-Nicolas (épisode n°41)
Les références de l’épisode
- Parias, Carnet en R.P.D., premier livre de Yegan Mazandarani sur la guerre du Donbass (auto-édité, argentique noir et blanc)
- Escourbiac, imprimeur d’art ayant imprimé Parias (→ à mapper : John Briens)
- Fred Goyeau, tireur argentique (tirages de Parias)
- William Keo, photographe, préface de Parias, membre du collectif DR
- Fred Marie, photographe, animateur du collectif DR (→ à mapper : Fred Marie)
- Sebastião Salgado, cité à propos du tirage argentique
Au fil de l’épisode
- 00:00:41 — Présentation : photographe et auteur de Parias
- 00:02:40 — Se dire photographe : la question de la légitimité
- 00:04:25 — Sa vie de touche-à-tout, entre l’Iran, Berlin et Paris
- 00:09:35 — Ses autres projets : Solitude, le surf au Baloutchistan
- 00:12:23 — Les sujets qui l’attendent : l’anarchisme, l’Iran
- 00:14:32 — Pourquoi l’argentique
- 00:15:18 — Travailler à la pellicule en 2021
- 00:19:22 — Le Donbass : comment il en vient à ce sujet
- 00:21:08 — Le devoir de témoigner honnêtement
- 00:23:36 — Du carnet de terrain au livre
- 00:25:24 — L’auto-édition : tout faire seul
- 00:27:33 — Les prix et l’« avant/après » du livre
- 00:30:06 — Le processus argentique : scan, retouche, tirage
- 00:33:56 — La rencontre avec John Briens et Escourbiac
- 00:39:38 — Le choix du papier
- 00:41:32 — Le mot de la fin
FAQ
Qui est Yegan Mazandarani ?
Yegan Mazandarani est un photographe franco-iranien spécialisé dans le reportage documentaire à l’argentique, en noir et blanc. Touche-à-tout et indépendant, il est l’auteur de Parias, un livre consacré à la guerre du Donbass, réalisé au moyen format argentique et primé à plusieurs reprises.
Qu’est-ce que le livre Parias ?
Parias, Carnet en R.P.D., est le premier livre de Yegan Mazandarani. Fruit d’un reportage dans le Donbass, il mêle photographies en noir et blanc au moyen format argentique, notes de terrain et entretiens. Entièrement auto-édité et imprimé chez Escourbiac, il a été salué par la critique et récompensé.
Pourquoi travaille-t-il à l’argentique ?
Parce qu’il privilégie un rapport tangible à l’image : le tirage traditionnel, le papier, la matière. Le processus est lent — développement, scan, retouche, tirage en chambre noire — mais c’est précisément cet artisanat qui fait, selon lui, son plaisir et la singularité de ses images.
Pourquoi avoir choisi l’auto-édition pour Parias ?
Après des années de travail en collectif et en agence, Yegan Mazandarani a voulu, pour ce projet, tout maîtriser seul, de la conception à l’édition. Un choix qui lui a permis de se faire confiance sur chaque étape et qui lui sert aujourd’hui de carte de visite auprès d’éditeurs et de galeries.
Où découvrir son travail ?
Sur son site officiel et lors de ses expositions. Le livre Parias est diffusé en librairie et auprès de distributeurs spécialisés.