William Lambelet a commencé par dessiner des boîtes de vitesse pour l'aéronautique. Devenu photographe de mariage presque par hasard, il aborde chaque union comme un reportage — au point d'être élu meilleur photojournaliste de mariage du monde. Mais c'est en Inde que son travail a basculé : sept années de voyages pour documenter les rites et coutumes des mariages indiens, réunis dans un livre, « Sept ».
Rencontre, à Perpignan, avec un photographe à deux visages.
William Lambelet, les rites et coutumes des mariages indiens
Il y a d’abord une première vie : ingénieur d’étude dans l’aéronautique, sept ans à dessiner pour Airbus ou Eurocopter, l’œil rivé sur un écran. Puis la démocratisation du numérique, un premier réflex, et des amis qui lui demandent de photographier leur mariage — sans qu’il en connaisse les codes. Nourri d’une culture visuelle de reportage, il couvre ce mariage comme un photojournaliste, y prend un plaisir fou, et bascule : société montée, saut franchi, il est professionnel dès 2009.
Son approche documentaire du mariage le distingue vite. En 2017, il est élu meilleur photojournaliste de mariage du monde par la Wedding Photojournalist Association — une reconnaissance qui lui ouvre les portes du monde entier : Mexique, Brésil, Afrique du Sud, Russie, autant pour couvrir des mariages que pour donner des conférences sur sa manière de travailler. Pour distinguer ses deux activités, il signe William Lambelet ses mariages privés et Willy Lambelet ses reportages de presse.
Le tournant, c’est l’Inde. En 2014, un mariage indien lui fait l’effet d’une révélation : il veut désormais documenter ces cérémonies pour témoigner de tout ce qu’elles disent d’une culture. De ce désir naît « Sept », un livre construit sur sept années de voyages, une à deux fois par an, pour saisir les rites d’un mariage indien — la Pooja, la Mehendi, le Sangeet, la Baraat, la Phera — avant que l’occidentalisation ne les efface. Un travail de mémoire face à des traditions qui, dit-il, sont en train de disparaître.
Ses récits de terrain valent le détour : un agent sur place, indispensable, car tout change en permanence — lieu, horaires, une cérémonie décalée de sept heures et demie ; la « guerre » feutrée entre équipes de photographes, parfois vingt-cinq sur un même mariage, tant montrer sa richesse compte ; et ce constat social, qu’il aborde aussi côté documentaire — des familles qui s’endettent, riches ou pauvres, pour la noce de leurs enfants. En marge des mariages, il a documenté en Inde le commerce de la crémation au bord du Gange et la caste des Dom, seuls détenteurs du feu sacré.
Sous le nom de Willy Lambelet, il développe enfin une activité de photojournalisme plus large : les droits des femmes en Pologne, les travailleurs détachés, l’école à la maison. Un virage récent, nourri par son entrée dans un collectif de photographes et un mentorat auprès d’Olivier Laban-Mattei — preuve, chez lui, d’une curiosité qui ne s’éteint jamais.
William Lambelet nous recommande un livre
« Behind the Indian Veil » — Sephi Bergerson. Un livre du photographe installé en Inde consacré aux mariages indiens, écho direct au travail de William Lambelet sur le sujet.
Liens
Pour suivre William Lambelet :
À écouter aussi sur Photo Storia :
- Robert Nzaou (épisode n°8)
- Fred Marie (épisode n°12)
- Sophie Bourgeix (épisode n°15)
- Géraldine Aresteanu (épisode n°28)
Les références de l’épisode
- Livre « Sept — Les Rites et Coutumes des Mariages Indiens » (auto-édité, Escourbiac, financement participatif Ulule) · Mariages indiens documentés de 2014 à 2020 · Cérémonies : Pooja, Mehendi, Sangeet, Baraat, Phera · Wedding Photojournalist Association (meilleur photojournaliste de mariage du monde, 2017) · Pseudonyme presse : Willy Lambelet · Collectif de photographes · Mentorat avec Olivier Laban-Mattei · Sujets : crémation au bord du Gange et caste des Dom (Inde), droits des femmes en Pologne, travailleurs détachés, école à la maison · Ancien ingénieur (Airbus, Eurocopter) · Exposition à la mairie de Gignac
Au fil de l’épisode
- 00:00:20 — Présentation de William Lambelet et de son surnom, Willy
- 00:01:38 — Son parcours : d’ingénieur à la photographie
- 00:02:24 — La découverte de la photo et son premier mariage couvert en reportage
- 00:04:29 — Monter sa société et quitter son métier d’ingénieur
- 00:05:50 — Son rapport à l’interaction et à la direction des personnes
- 00:06:11 — Développer une activité de photo documentaire
- 00:07:00 — Son travail sur les mariages indiens et ses prix internationaux
- 00:09:05 — Le rôle des concours pour promouvoir son travail
- 00:10:04 — Aborder les mariages de manière journalistique
- 00:11:00 — Les réactions des clients face à cette approche
- 00:11:39 — L’angle choisi pour photographier les mariages
- 00:12:46 — Ses autres sujets documentaires
- 00:13:25 — Un travail sur les castes et les crémations en Inde
- 00:14:45 — Les travailleurs détachés
- 00:15:17 — Un sujet sur l’avortement en Pologne
- 00:15:44 — Intégrer un collectif de photographes
- 00:16:39 — L’accompagnement et le travail de terrain
- 00:17:19 — Travailler en petit groupe, presque comme un workshop
- 00:19:19 — Un gros sujet documentaire au sein du collectif
- 00:19:48 — Se diversifier vers la pige
- 00:21:07 — Les piges sur commande, comme l’école à la maison
- 00:21:59 — Retour sur le mariage indien et son agent en Inde
- 00:22:37 — Accéder aux mariages et se faire intégrer à une communauté
- 00:23:10 — Le déroulé du jour du mariage
- 00:24:24 — Une anecdote : attendre un marié en retard
- 00:25:49 — Un parallèle avec le Bénin et l’art de s’adapter au chaos
- 00:27:07 — La « guerre » entre photographes et vidéastes
- 00:28:07 — Des familles qui empruntent pour financer le mariage
- 00:28:32 — La foule de photographes et de vidéastes
- 00:29:31 — La hiérarchie des équipes image
- 00:30:43 — S’interroger sur son rôle et sur les prix pratiqués
- 00:31:41 — Être invité pour parler de son travail
- 00:32:09 — Donner peu de photos pour garder sa liberté créative
- 00:33:25 — Le livre sur les mariages en Inde
- 00:34:06 — La diversité des régions, des castes et des religions
- 00:35:21 — Combien de mariages il a couverts
- 00:36:35 — La présentation des pages choisies du livre
- 00:36:50 — Pages 6 à 10 : le rituel du henné (mehndi)
- 00:38:26 — Les motifs cachés dans les tatouages
- 00:39:27 — Les grandes étapes du mariage indien
- 00:39:55 — La soirée de danse
- 00:41:31 — Page 32 : la garba, cérémonie traditionnelle du Gujarat
- 00:43:17 — Page 44 : le rituel qui suit le haldi
- 00:44:45 — L’occidentalisation progressive des rituels
- 00:45:10 — La photo aux deux éléphants
- 00:46:02 — Les lunettes de soleil portées lors des mariages
- 00:46:51 — Page 82 : une scénographie grandiose sur un parking
- 00:48:44 — Demander l’autorisation d’un design
- 00:49:54 — Le rituel des alliances
- 00:51:52 — Les 5000 ans de culture indienne
- 00:52:42 — La culture Bollywood
- 00:53:04 — La durée d’un mariage indien, de trois à cinq jours
- 00:54:20 — Page 101 : l’émotion du départ de la mariée
- 00:55:25 — Les mariages arrangés
- 00:55:47 — La mariée qui quitte sa famille
- 00:56:27 — La joie des uns et le malheur des autres
- 00:57:13 — Aller voir par lui-même le sort réservé à la mariée
- 00:58:35 — La vie de la mariée dans sa nouvelle famille
- 00:59:01 — Un échange sur le fait d’avoir des enfants
- 01:00:21 — Les familles les plus traditionalistes
- 01:01:13 — Le système de castes dans le travail
- 01:02:17 — Le dernier chapitre : les rituels à la maison du marié
- 01:02:40 — Page 109 : l’alliance
- 01:03:55 — Page 16 : des rites proches de la transe
- 01:05:01 — Page 18 : les chichas
- 01:05:27 — Les « petites mains » des mariages
- 01:06:05 — La cérémonie du thé
- 01:07:36 — Page 42 : le rituel avec les parents et grands-parents
- 01:09:02 — Souhaiter l’abondance aux mariés
- 01:10:21 — Les processions de rue avec musiciens
- 01:10:55 — Payer les musiciens pour ralentir le cortège
- 01:11:36 — Une anecdote face à des milliers d’invités
- 01:12:23 — Les similitudes entre le Bénin et l’Inde
- 01:13:19 — Page 61 : le marié porté sur les épaules des danseurs
- 01:14:10 — Une anecdote autour d’une mise en scène improvisée
- 01:15:21 — Des scènes dérangeantes pour le regard occidental
- 01:17:01 — Page 63 : les billets jetés pendant la fête
- 01:18:22 — Ce que ces scènes disent de notre propre regard
- 01:19:25 — Les conditions de travail, un sujet qu’il développe
- 01:19:55 — L’effet du pouvoir de Modi sur les mariages
- 01:21:02 — Le travail de fabrication du livre
- 01:22:21 — Les choix techniques et éditoriaux
- 01:23:03 — Se faire graphiste et concevoir la maquette
- 01:23:25 — La prévente via Ulule
- 01:23:52 — Le projet d’exposition itinérante
- 01:24:49 — L’impression chez Escourbiac et son retour d’expérience
- 01:25:50 — Voir son livre sortir des machines
- 01:26:39 — La distribution en librairie
- 01:27:31 — Les librairies où trouver le livre
- 01:28:18 — La promotion sur Collection Miwa
- 01:28:59 — Conclusion et remerciements
- 01:29:50 — Les équivalents du livre en Inde
- 01:30:38 — Invitation à laisser une note cinq étoiles
FAQ
Qui est William Lambelet ?
Un photographe de mariage et photojournaliste de l’Hérault, ancien ingénieur, élu en 2017 meilleur photojournaliste de mariage du monde. Il signe ses reportages de presse sous le nom de Willy Lambelet.
De quoi parle son livre « Sept » ?
Des rites et coutumes des mariages indiens, documentés pendant sept années de voyages en Inde, entre 2014 et 2020.
Pourquoi documenter les mariages indiens ?
Parce que l’occidentalisation fait disparaître nombre de rituels traditionnels, forts marqueurs de culture et d’identité : son livre est un travail de mémoire.
Fait-il uniquement de la photo de mariage ?
Non : sous le nom de Willy Lambelet, il couvre aussi des sujets de société, en Inde (crémation au bord du Gange) comme en Europe (droits des femmes en Pologne, travailleurs détachés).