Robert Nzaou est un artiste photographe congolais, installé à Pointe-Noire, venu à l'image par la rue — et par le rap. Bercé par le hip-hop français, il a d'abord voulu, comme les rappeurs, raconter son quartier et montrer les siens ; la photographie de rue est devenue ce langage. Documenter le Congo, ville par ville, visage par visage, dans un pays sans grande tradition photographique : telle est sa mission.
Reconnu à l'international, des Rencontres d'Arles aux galeries parisiennes, il raconte dans cet épisode son parcours, ses séries entre réel et surréalisme, et l'aventure de son premier livre — imprimé à la demande, en tirage limité.
Robert Nzaou, photographe de rue à Pointe-Noire, montrer le Congo
Du rap à la rue
Avant la photographie, il y a eu le rap. Robert Nzaou a grandi à Pointe-Noire bercé par le hip-hop — Public Enemy, puis MC Solaar, NTM et le rap français, dont il aimait les jeux de mots et l’envie de « montrer son quartier ». Fils d’un enseignant strict, dans une famille où l’art n’avait pas sa place, il découvre la création dans la rue. Envoyé faire ses études au Cap, en Afrique du Sud — où il restera une douzaine d’années —, il y apprend surtout une chose : la lumière, « comment elle peut donner sa force à une image ». De retour au Congo, il se donne une mission : construire, dans un pays sans grande tradition photographique, un véritable regard d’artiste. La photographie de rue devient son langage, exactement comme le rap l’était : montrer son quartier, sa ville, son pays.
Parmi ses maîtres, il cite les grands de la rue — Cartier-Bresson, Doisneau, Robert Frank —, chez qui il retrouve la même poésie que dans la musique.
Montrer le Congo, entre réel et surréalisme
Dans la rue de Pointe-Noire, photographier n’a rien d’évident : peu de culture touristique, une méfiance parfois teintée de croyances, des passants qui refusent l’objectif. Sa réponse : ne jamais se cacher, aller vers les gens, expliquer le sens de son travail — « documenter le temps que nous vivons » pour les générations futures. À côté de la rue, il aime la mise en scène surréaliste : sa série L’amour au féminin, avec ce matelas posé au bord de la mer, interroge la façon dont on perçoit l’amour au Congo. Sa série sur les flaques d’eau de Pointe-Noire, inspirée d’un photographe de Kinshasa, transforme les reflets — et les déchets — en un ciel étoilé : une manière de montrer le quotidien, sa beauté comme ses réalités. Même les masques du confinement deviennent, chez lui, un décor où « la vie continue ».
Ces mises en scène qui s’enchaînent comme des plans, il rêve un jour d’en faire des courts métrages.
Un premier livre, et la reconnaissance
Photographe de rue, Robert Nzaou accumule des centaines d’images dont il n’expose qu’une poignée. Refusant de les confier aux seuls disques durs — « on ne sait pas quand ça va cracher » —, il décide d’en faire un livre pour les faire vivre. Faute d’imprimeur local et devant le coût des tirages à 500 exemplaires, il opte pour l’impression à la demande, par petites commandes : dix exemplaires, puis d’autres, un premier tirage limité à trente-cinq. La diffusion reste un défi dans un pays sans librairies dédiées, où tout passe par les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille. En parallèle, la reconnaissance vient de l’étranger : sélectionné par le World Press Photo, exposé aux Rencontres d’Arles en 2019 et représenté à Paris par la galerie Art-Z d’Olivier Sultan. Le déclic, il le situe précisément : le jour où son image « Johnny Walker » s’est vendue au double du prix qu’il imaginait, il a compris qu’il pouvait vivre de son art.
Un parcours qui dit aussi son époque : celle où l’art africain contemporain gagne, enfin, la reconnaissance qu’il mérite.
Liens
Pour suivre Robert Nzaou :
À écouter aussi sur Photo Storia :
- Sophie Bourgeix (épisode n°15)
- William Lambelet (épisode n°16)
- John Kalapo (épisode n°22)
- Yanick Folly (épisode n°24)
- Maurice Ascani (épisode n°27)
- Géraldine Aresteanu (épisode n°28)
- Apsatou Bagaya (épisode n°30)
- Wody Yawo (épisode n°33)
Les références de l’épisode
- Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau et Robert Frank, figures de la photographie de rue qu’il cite comme influences
- Baudouin Mouanda, photographe congolais de Brazzaville
- Un photographe de Kinshasa connu pour sa série sur les flaques d’eau (nom à confirmer)
- La galerie Art-Z, à Paris, dirigée par Olivier Sultan
- Les Rencontres d’Arles (édition 2019)
- Le World Press Photo
- « Johnny Walker », son image-signature
Au fil de l’épisode
- 00:01:05 — Du rap à la photographie
- 00:02:53 — Le rap français : Solaar, NTM
- 00:05:26 — Son parcours et ses études
- 00:09:22 — Douze ans en Afrique du Sud
- 00:11:47 — Apprendre la lumière
- 00:12:35 — Les mises en scène : L’amour au féminin
- 00:15:16 — La série des flaques d’eau
- 00:19:04 — Photographier dans la rue au Congo
- 00:24:42 — Faire un livre pour immortaliser ses images
- 00:27:36 — L’impression à la demande
- 00:34:22 — La place de la photographie au Congo
- 00:38:13 — Exposer à l’international : World Press Photo, Arles
- 00:43:52 — La série des masques
- 00:47:01 — Faire vivre son livre
- 00:54:36 — Sa première image marquante, « Johnny Walker »
- 00:57:12 — Le jour où il a su qu’il pouvait vivre de son art
- 00:59:27 — Le mot de la fin
FAQ
Qui est Robert Nzaou ?
Robert Nzaou (Robert Nzaou-Kissolo) est un artiste photographe congolais né en 1976 à Pointe-Noire, où il vit et travaille. Venu à la photographie par la rue et par le rap, il pratique une photographie de rue et de mise en scène qui documente la vie du Congo. Son travail a été exposé à l’international, notamment aux Rencontres d’Arles.
Quel type de photographie pratique Robert Nzaou ?
Principalement la photographie de rue, à laquelle il ajoute des mises en scène surréalistes. Il cherche à montrer son pays — ses quartiers, ses habitants, leur quotidien — avec un regard à la fois documentaire et poétique, entre le réel et l’imaginaire.
Pourquoi la photographie de rue est-elle difficile au Congo ?
Parce qu’il n’existe pas de culture touristique ni d’habitude d’être photographié, et que la démarche suscite parfois méfiance et craintes. Robert Nzaou y répond en ne se cachant jamais, en allant vers les gens et en expliquant le sens de son travail : documenter le présent pour les générations futures.
Robert Nzaou a-t-il publié un livre ?
Oui. Pour ne pas laisser ses images dormir sur des disques durs, il a auto-édité un premier livre, imprimé à la demande en tirage limité, faute d’imprimeur local et devant le coût des grands tirages. Il est depuis l’auteur de plusieurs ouvrages.
Où voir le travail de Robert Nzaou ?
Sur son site officiel (robertnzaou.com), lors de ses expositions internationales, et à Paris via la galerie Art-Z. Son travail a notamment été présenté au World Press Photo et aux Rencontres d’Arles 2019.