Géraldine Aresteanu, vingt-quatre heures dans l’intimité de l’autre
Biographie de Géraldine Aresteanu
Géraldine Aresteanu est une photographe franco-roumaine née en 1976, installée à Orléans. Ayant grandi en Roumanie sous la dictature, elle décide de devenir photographe à treize ans, au lendemain de la révolution de 1989. Toute son œuvre est tournée vers l’humain : elle photographie aussi bien des dirigeants d’entreprise que des personnes sans domicile, des soignants ou des travailleurs étrangers. Elle est notamment connue pour sa série « 24h », immersions de vingt-quatre heures dans la vie d’une personne, et pour ses livres engagés « 24h en réa » (2020) et « Étranger » (2022).
De la Roumanie de Ceaușescu à la photographie
Géraldine Aresteanu naît en 1976 d’une mère française et d’un père roumain, et grandit en Roumanie sous la dictature — un pays sans images dans les rues, sans publicité, sans expositions. Tout bascule après la révolution de 1989 : à treize ans, elle découvre une exposition de photographies de son propre pays et comprend qu’une image peut raconter une histoire. Elle rentre chez elle et annonce à ses parents qu’elle sera photographe. Cours du soir à Bucarest, appareils empruntés faute d’en posséder un, premières photos éclairées à la lampe de chantier : la vocation ne la quittera plus. Arrivée en France, elle reçoit en 2001 le prix de la Fondation de France pour son projet de premier livre, « Portraits pour un mot », consacré à des enfants sourds-muets photographiés avec leur mot préféré. Elle cofonde une agence en 2003, puis vole de ses propres ailes à partir de 2014.
24h : vivre l’intime, non-stop
Un jour, la quarantaine approchant, elle constate qu’elle ne passe jamais assez de temps avec les gens qu’elle photographie. De ce manque naît la série « 24h » : rester vingt-quatre heures d’affilée auprès d’une personne, du réveil au coucher, jusqu’à se faire oublier. Son premier 24h, en novembre 2014, se déroule auprès d’un pêcheur du delta du Danube. Suivront un sans-abri roumain rencontré dans le métro parisien, l’écrivain Jean-Christophe Rufin, une enfant polyhandicapée, un service du SMUR… Sa méthode est une éthique : toujours visible, jamais cachée ; elle cesse de photographier dès que la personne s’endort, pour ne pas « voler » l’image. L’appareil, dit-elle, agit comme un bouclier — il lui permet de rester là, même quand l’émotion la submerge.
Rendre visibles les invisibles : deux livres engagés
En 2020, en plein confinement, elle obtient de passer vingt-quatre heures dans un service de réanimation — non pas à Paris, où l’AP-HP refuse, mais à l’hôpital d’Orléans, dont l’équipe lui ouvre les portes. Il en naît le livre « 24h en réa » et une exposition qui tournera dans les lycées de la région pour susciter des vocations de soignants. Deux ans plus tard, « Étranger » rassemble trente-deux portraits de travailleurs de vingt-huit nationalités, chacun accompagné du témoignage de son employeur et de textes d’auteurs sur ce mot qu’elle trouve si beau et qu’on emploie si souvent en mal. Un fil rouge traverse toute son œuvre : donner à voir celles et ceux dont on ne parle pas d’habitude. « Le mot étranger, pour moi, résume-t-elle, c’est l’envie de découvrir l’autre. »
Liens
Pour suivre Géraldine Aresteanu :
À écouter aussi sur Photo Storia :
Les références de l’épisode
- Livre « Étranger » (2022 ; 32 portraits, 28 nationalités)
- Livre « 24h en réa » (2020 ; immersion en service de réanimation)
- « Portraits pour un mot » (premier livre, autoédité ; enfants sourds-muets, Roumanie et Orléans)
- Série « 24h » : pêcheur du delta du Danube, Jean-Christophe Rufin, Alexandros (sans-abri), une enfant polyhandicapée, le SMUR
- Projet « Stop Kidding » (mineurs migrants isolés) ; Youssouf Condé (cuisinier)
- Prix de la Fondation de France (2001)
- Agence cofondée en 2003 (Sel & Poivre — à confirmer)
- Conseil régional Centre-Val de Loire ; hôpital d’Orléans ; AP-HP
- Révolution roumaine de 1989 ; Reporters sans frontières
- Texte d’Alexandra Badea, « mode d’emploi » (à confirmer)
Au fil de l’épisode
- 00:02:30 — « Portraits pour un mot », le premier livre
- 00:03:53 — Le prix de la Fondation de France
- 00:05:17 — La Roumanie, la révolution, le déclic
- 00:06:44 — Les cours du soir à Bucarest
- 00:08:32 — Le grand écart des sujets : l’humain partout
- 00:17:00 — La naissance de la série « 24h »
- 00:19:00 — Le premier 24h, un pêcheur du Danube
- 00:25:11 — Alexandros, 24h avec un sans-abri
- 00:30:04 — « 24h en réa » et le refus de l’AP-HP
- 00:48:19 — 24h auprès d’une enfant polyhandicapée
- 00:51:20 — Le livre « Étranger »
- 01:05:22 — Ce que veut dire « étranger »
FAQ
Qui est Géraldine Aresteanu ?
Une photographe franco-roumaine née en 1976, installée à Orléans. Elle consacre tout son travail à l’humain et à la relation, des dirigeants d’entreprise aux personnes les plus invisibles.
Qu’est-ce que la série « 24h » ?
Un projet où elle passe vingt-quatre heures non-stop auprès d’une personne, du réveil au coucher, pour saisir son intimité et sa vie réelle. Elle l’a menée auprès d’un pêcheur, d’un sans-abri, d’une enfant polyhandicapée ou de soignants.
De quoi parle son livre « 24h en réa » ?
D’une immersion de vingt-quatre heures dans un service de réanimation pendant la pandémie de Covid-19, réalisée à l’hôpital d’Orléans, pour montrer le quotidien des soignants.
Et son livre « Étranger » ?
Un ouvrage de trente-deux portraits de travailleurs de vingt-huit nationalités, avec le témoignage de leurs employeurs, pour montrer que les salariés étrangers sont indispensables à la vie économique française.