Photographe autant qu'aventurier, le Suisse David Rouge a fait du voyage et de l'immersion sa manière de vivre — et de photographier. D'un déclic à dix-sept ans en Australie aux peuples autochtones d'Afrique, jusqu'aux étendues glacées du Grand Nord, il traque la faune à la manière d'un explorateur, en autonomie, traînant son matériel sur un traîneau.
De ces expéditions extrêmes est né son livre, « Fragile », qu'il raconte ici.
L’Australie à dix-sept ans, un tournant
Suisse du canton de Vaud, David Rouge se décrit d’abord comme un « photographe voyageur » — sans trop savoir s’il est plus voyageur que photographe. Les deux sont nés le même jour : à dix-sept ans, en 1991, lors d’un périple de quatre mois en Australie avec son grand frère, qui lui confie l’appareil photo pendant qu’il prend la vidéo. Ce voyage, dit-il, fut « le tournant de sa vie » : la révélation de la nature, des peuples autochtones et de l’image. Après une scolarité difficile, quelques stages et un diplôme de dessinateur en bâtiment qui ne lui conviendra pas, il s’offre une parenthèse de compétition moto sur circuit — avant de revenir, pour de bon, à la photo et au voyage.
Une vie d’expéditions, des peuples aux pôles
Suivent des années d’aventures : un second séjour de douze mois en Australie et la traversée du désert de Simpson, une première exposition sur les Aborigènes, puis le Cameroun en 2004, où il découvre la forêt tropicale et les Pygmées lors d’un bénévolat pour le WWF. En 2006, il vend l’essentiel de ses biens et part sans date de retour, en 4×4, avec un budget de huit cents euros par mois — voyageant si lentement qu’en dix-huit mois, il n’a pas parcouru la moitié de l’Afrique. Puis vient le grand virage : du chaud vers le froid. L’Islande d’abord, coup de cœur en famille, la Scandinavie ensuite — Finlande, Norvège, Suède — parcourue en hiver, en autonomie totale, tirant sur des pulkas jusqu’à cent quarante kilos de matériel. Le Canada pour le harfang des neiges, le Svalbard pour l’ours blanc.
« Fragile », la faune à la manière d’un explorateur
Sa photographie animalière porte une signature : des arrière-plans épurés, souvent estompés par la neige soufflée et la tempête, pour que le sujet ressorte — comme ce petit renard sur fond blanc en couverture. Jamais de studio : il se fond dans l’élément, attend le bon moment, cherche l’émotion de la rencontre et l’adrénaline qu’il trouvait autrefois dans le sport. Le titre de son livre, « Fragile », dit sa conviction : face au déchaînement des éléments, on se sent tout petit, et fragile. Perfectionniste jusqu’à l’obsession — il avoue avoir remis son ouvrage sur le métier d’innombrables fois —, il incarne une façon rare de photographier la faune : non pas depuis un gros véhicule, mais en tirant son propre traîneau, sa tente et sa nourriture.
David Rouge nous recommande ces livres photo
- « Majestics » — Samuel Bitton. Les paysages de montagne des Alpes suisses en grand format, par un ami de David Rouge, primé au festival de Banff.
- « La Terre vue du ciel » — Yann Arthus-Bertrand. Un livre-monde sur la planète vue d’en haut, coup de cœur de longue date.
Liens
Pour suivre David Rouge :
À écouter aussi sur Photo Storia :
- Maxime Aliaga (épisode n°2)
- Denis Aubry (épisode n°7)
- Yves Vallier (épisode n°14)
- James Chevreuil (épisode n°26)
- Alexandre Sattler (épisode n°29)
- Philippe Bolle (épisode n°35)
- Adrien Lesaffre (épisode n°36)
- Laurent Ballesta (épisode n°44)
Les références de l’épisode
- Livre « Fragile » (photographie animalière en milieu extrême ; ambiances polaires épurées ; couverture : petit renard sur fond blanc)
- Expéditions : Australie (désert de Simpson, Cape York), Cameroun (WWF, Pygmées), grand tour d’Afrique (départ 2006), Islande, Scandinavie (Finlande, Norvège, Suède), Canada (harfang des neiges), Svalbard (ours blanc)
- Exposition sur les peuples aborigènes (galerie lausannoise, ~2001)
- Nicolas Hulot (inspiration) ; Mike Horn (référence) ; Thomas Batum (aventurier polaire, matériel d’expédition, Interlaken)
- Compétition moto sur circuit ; dessinateur en bâtiment (parcours antérieur)
- Déplacement en autonomie avec pulkas (traîneaux)
- Cluster animalier / Grand Nord : Philippe Bolle (n°35, Svalbard/ours), Adrien Lesaffre (n°36), James Chevreuil (n°26) ; voyage/peuples : Alexandre Sattler (n°29) — → à mapper
Au fil de l’épisode
- 00:02:28 — L’Australie à dix-sept ans, le déclic
- 00:04:00 — Les détours : bâtiment, compétition moto
- 00:05:56 — La photo comme passion du voyage
- 00:08:12 — Retour en Australie et l’expo aborigène
- 00:09:22 — Le Cameroun et les premiers Pygmées
- 00:10:14 — Le grand départ de 2006, sans date de retour
- 00:13:15 — Du chaud au froid : le Grand Nord
- 00:15:05 — L’hiver, la pulka et l’autonomie
- 00:15:27 — Le harfang des neiges et l’ours blanc
- 00:23:53 — Épurer l’arrière-plan pour la force du sujet
- 00:24:19 — « Fragile » : se sentir petit face aux éléments
FAQ
Qui est David Rouge ?
Un photographe et aventurier suisse, installé près de Lausanne. Il se définit comme un « photographe voyageur » et s’est spécialisé dans la photographie animalière en milieu extrême, notamment dans le Grand Nord.
Comment est-il venu à la photographie ?
À dix-sept ans, lors d’un voyage en Australie avec son frère, qui lui a confié l’appareil photo. Ce séjour a été, dit-il, le tournant de sa vie.
De quoi parle son livre « Fragile » ?
De la faune sauvage, saisie en milieu extrême avec des arrière-plans épurés. Le titre traduit le sentiment d’être petit et fragile face au déchaînement des éléments naturels.
Qu’est-ce qui distingue sa manière de travailler ?
Il photographie la faune « à la manière d’un explorateur », en autonomie totale, tirant son matériel, sa tente et sa nourriture sur un traîneau, plutôt que depuis un gros véhicule.