Maxime Aliaga est un photographe naturaliste français qui a fait de la faune sauvage un engagement autant qu'un métier. Formé aux sciences de la nature, il a d'abord accompagné des scientifiques sur le terrain avant que la photographie ne devienne son outil de sensibilisation. On lui doit les toutes premières images de l'orang-outan de Tapanuli, une espèce décrite seulement en 2017 à Sumatra.
Dans cet entretien enregistré à l'automne 2020, il raconte son chemin du naturaliste au photographe de conservation, l'expédition à l'origine de ces clichés et la naissance de Pongo, son premier livre entièrement consacré aux orangs-outans.
Maxime Aliaga, photographe naturaliste des orangs-outans de Sumatra
Du naturaliste au photographe de conservation
Avant d’être photographe, Maxime Aliaga est naturaliste. Après des études dans ce domaine, il travaille comme assistant de terrain auprès de docteurs et de doctorants, notamment sur les oiseaux, ce qui le mène plusieurs mois durant dans des forêts reculées, aux côtés de scientifiques et des populations locales. De ce sentiment de privilège naît un besoin : témoigner de la beauté de la nature, mais aussi de sa fragilité. La photographie s’impose alors comme l’outil le plus évident pour partager, d’abord avec ses proches. Il se décrit d’ailleurs volontiers comme « naturaliste photographe » plutôt que l’inverse : pour lui, la nature compte davantage que l’image qu’on en tire, et la photo reste un moyen de sensibilisation, pas une fin artistique. Avec le temps, il abandonne le travail scientifique bénévole — trop d’abnégation, peu de revenus — pour vivre de la photographie, sans jamais couper le lien avec la recherche. Désormais, il se donne lui-même des espèces et des enjeux à documenter, part sur le terrain avec des questions et cherche à y répondre en images.
Membre de la Ligue internationale des photographes de conservation, il a bâti une méthode : proposer ses services à une ONG, documenter son travail en images, et lui céder librement ses photos pour communiquer, sensibiliser et obtenir des financements. Un échange dont tout le monde sort gagnant.
Tapanuli : les premières images d’une espèce inconnue
En 2017, une association qu’il souhaitait rejoindre depuis des années l’accueille enfin. À peine arrivé à Sumatra, on lui apprend qu’une population isolée d’orangs-outans, étudiée depuis des décennies, va être décrite comme une espèce à part entière : l’orang-outan de Tapanuli, dont l’annonce est prévue pour le 17 novembre 2017. Problème : il n’existe aucune image de cette espèce. On lui propose alors trois semaines d’expédition pour tenter de la photographier. Direction une forêt tropicale montagneuse et escarpée — la forêt de Batang Toru — où il faut six à sept heures de marche pour rejoindre le camp de base, puis vivre sous des bâches. Le terrain est difficile, les orangs-outans rares, mais il parvient à réaliser quelques images, dont une femelle et son bébé.
Rares, ces clichés se révèlent précieux : ils illustrent la découverte dans la presse du monde entier au moment de l’annonce. Maxime Aliaga tempère aussitôt son rôle — « au bon endroit au bon moment » — et rappelle les longues années de recherche des scientifiques derrière l’événement. Un coup de chance, dit-il, mais aussi un vrai coup de pouce pour sa carrière.
Pongo, un livre en auto-édition au service des orangs-outans
À sa sortie, en octobre 2020, Pongo serait le premier livre en français entièrement dédié aux orangs-outans — non pas quelques images au sein d’un ouvrage sur les grands singes, mais une monographie. Maxime Aliaga a choisi l’auto-édition sans vraiment hésiter : entouré d’un réseau d’amis photographes expérimentés, échaudés par de mauvaises expériences avec des éditeurs, il a préféré tout maîtriser. Le financement est passé par une campagne de crowdfunding, qui a atteint son objectif en une dizaine de jours à peine. Huit mois de travail, beaucoup d’apprentissage, et au bout une vraie fierté personnelle : après dix ans de photographie animalière, il tenait là un aboutissement. Mais l’essentiel est ailleurs — il espère surtout que le livre sensibilisera à la cause de l’espèce, notamment auprès des enfants.
À ceux qui veulent se lancer, il livre des conseils concrets : cadrer le budget (impressions, contreparties, livraisons — il expédie alors lui-même 350 exemplaires), bien gérer sa timeline, et savoir synthétiser son projet pour toucher les gens. Une version anglaise est déjà dans ses plans, pour élargir la portée du message.
Liens
Pour suivre Maxime Aliaga :
À écouter aussi sur Photo Storia :
- John Briens (épisode n°5)
- Denis Aubry (épisode n°7)
- Yves Vallier (épisode n°14)
- James Chevreuil (épisode n°26)
- Philippe Bolle (épisode n°35)
- Adrien Lesaffre (épisode n°36)
- David Rouge (épisode n°40)
Les références de l’épisode
- Le magazine Terre Sauvage, où paraît sa première photo publiée (2006)
- Tim Laman, photographe américain connu pour son travail sur les oiseaux de paradis, présenté comme son parrain au sein de la Ligue
- La Ligue internationale des photographes de conservation (ILCP)
- Le Grand Prix 2019 du Festival international de la photographie animalière et de nature de Montier-en-Der
- Pongo, son livre consacré aux orangs-outans (auto-édition, 2020)
Au fil de l’épisode
- 00:00:14 — Présentation de Maxime Aliaga
- 00:01:17 — Un parcours de naturaliste avant la photo
- 00:02:13 — « Naturaliste photographe » plutôt que l’inverse
- 00:02:34 — Assistant de terrain auprès de scientifiques
- 00:03:33 — L’envie de partager la beauté de la nature
- 00:04:03 — Quitter peu à peu le travail scientifique
- 00:04:53 — Se donner des espèces et des enjeux à documenter
- 00:05:22 — Proposer ses services à une ONG de conservation
- 00:06:41 — Sa toute première photo : un azuré dans le sud de la France
- 00:07:48 — La première image dont il a été satisfait
- 00:08:12 — Sa première publication : Terre Sauvage, 2006
- 00:08:30 — Les photographes qui l’inspirent
- 00:10:03 — Combien de temps l’appareil reste dans le sac
- 00:11:35 — La vie cyclique du photographe de terrain
- 00:11:50 — Le premier livre en français sur les orangs-outans
- 00:12:31 — Photographier une espèce que personne n’a vue
- 00:13:18 — L’orang-outan de Tapanuli, nouvelle espèce (nov. 2017)
- 00:14:01 — Trois semaines d’expédition dans la forêt de Batang Toru
- 00:14:43 — Des images qui font le tour de la presse mondiale
- 00:15:23 — Ce que le livre Pongo lui apporte
- 00:17:21 — Le choix de l’auto-édition
- 00:19:32 — Financer Pongo par le crowdfunding
- 00:21:54 — Conseils à qui veut se lancer dans l’auto-édition
- 00:23:28 — Le mot de la fin
FAQ
Qui est Maxime Aliaga ?
Maxime Aliaga est un photographe naturaliste français originaire du sud de la France. Formé aux sciences de la nature et ancien assistant de terrain auprès de scientifiques, il a fait de la photographie un outil de sensibilisation. Membre de la Ligue internationale des photographes de conservation, il travaille sur la faune tropicale et les espèces menacées, en particulier les orangs-outans.
Qu’est-ce que l’orang-outan de Tapanuli ?
L’orang-outan de Tapanuli est une espèce d’orang-outan vivant à Sumatra, décrite officiellement en novembre 2017. En 2017, Maxime Aliaga est l’un des premiers photographes au monde à réaliser des images de cette espèce, lors d’une expédition de trois semaines. Ses clichés ont servi à illustrer la découverte dans la presse internationale.
Quel type de photographie pratique Maxime Aliaga ?
Il pratique la photographie naturaliste et animalière, tournée vers la conservation. Il se présente comme « naturaliste photographe » : la nature prime sur l’image, qu’il utilise pour sensibiliser. Son terrain de prédilection est la faune tropicale, avec un travail suivi sur les orangs-outans de Sumatra aux côtés d’une ONG de conservation.
Qu’est-ce que le livre Pongo ?
Pongo est le premier livre de Maxime Aliaga, publié en 2020 en auto-édition et financé par une campagne de crowdfunding. Entièrement consacré aux orangs-outans, il se présente comme le premier ouvrage en français dédié à ces grands singes. L’auteur le conçoit avant tout comme un outil de sensibilisation à la conservation de l’espèce.
Où voir le travail de Maxime Aliaga ?
Son travail est visible sur son site officiel (maxime-aliaga.com) et sur son compte Instagram (@maxime_aliaga). Son livre Pongo, consacré aux orangs-outans, est également disponible depuis son site. Il a par ailleurs été récompensé par le Grand Prix 2019 du festival de photographie animalière et de nature de Montier-en-Der.