Denis Aubry est un photographe voyageur naturaliste installé en Lorraine. Ancien enseignant spécialisé, il a couvert deux vies de voyage : d'abord une vingtaine d'années d'Afrique, du Gabon au Sahara, puis les grands espaces du Grand Nord — Alaska, Islande, Sibérie, Altaï mongol. Auteur de plusieurs albums, dont Alakshak sur l'Alaska, il place la rencontre et l'immensité au cœur de son travail, et marie de plus en plus l'image à la poésie et à la musique.
Dans cet épisode, il raconte son passage de l'argentique au numérique, l'aventure de l'auto-édition, et cette façon de faire dialoguer la photographie avec les autres arts.
Denis Aubry, photographe naturaliste des grands espaces, de l’Afrique au Grand Nord
De l’Afrique aux grands espaces du Nord
Denis Aubry a mené deux vies de voyageur. Lorrain et enseignant spécialisé, il part dès les années 1980 en Afrique — six à sept ans au Gabon, où il enseigne sur les grands chantiers, puis le Nigeria, la Roumanie, et de longues traversées jusqu’au Sahara, chez les Touaregs. C’est là, en cherchant les fameux tatas de terre du nord du Bénin, qu’il réalise en 1986 le portrait d’une petite fille qui deviendra l’une de ses images les plus marquantes. Bien plus tard, sa compagne l’entraîne vers un tout autre monde : le Grand Nord. Islande, Scandinavie, Alaska, Sibérie, et surtout l’Altaï mongol, où il partage le quotidien des Kazakhs. Un même fil relie ces deux vies : l’amour des immensités et de la rencontre. (→ à mapper : Sylvain Sester)
Sa photographie se fait naturaliste et animalière autant qu’ethnographique — le renard arctique comme les éleveurs de l’Altaï. (→ à mapper : Maxime Aliaga)
De l’argentique au numérique
Denis Aubry a commencé à l’argentique, avec toutes ses contraintes : pellicules difficiles à trouver, objectifs rongés par l’humidité, et cette mésaventure au Sahara où un grain de sable, bloquant la mise au point, lui a surexposé la moitié d’un mois de photos — découvert seulement au retour. Le passage au numérique a tout changé : un matériel plus accessible, des focales enfin adaptées à l’animalier, mais aussi le risque de rentrer avec cinq mille images à trier. Aujourd’hui, il numérise quarante ans de diapositives à sauver de la poussière et du temps. Ce qui l’intéresse, dit-il, ce n’est pas la technique mais le témoignage : partager ce qu’il a vu, par les expositions, les diaporamas-conférences, les articles et les albums.
Il regrette d’ailleurs les images qu’il n’a pas prises, faute de « regard de photographe » à l’époque, et qui seraient aujourd’hui de précieux documents.
Le livre et le dialogue des arts
Son premier album, Alakshak, consacré à l’Alaska, naît en 2017 d’un mois d’expédition en pleine nature. Après un an perdu à attendre un éditeur, il choisit l’auto-édition, se forme sur le tas au logiciel libre Scribus et se fait accompagner par Escourbiac, l’imprimeur d’art du Tarn (→ à mapper : John Briens), pour obtenir la qualité qu’il vise. Depuis, il a trouvé sa voie : faire dialoguer l’image avec d’autres arts. Avec le poète lorrain Philippe Mitre, il crée la collection poésImages — Crazy Nature sur l’Islande, Ouvrons les portes sur les façades du monde, bientôt L’arbre en face —, où le poète répond aux photos sans en connaître l’histoire. Il associe aussi ses images à la peinture de sa sœur, à la musique et à la guimbarde, dans des spectacles.
Cette envie de rassembler des artistes de tous horizons prend la forme d’un festival, Le Voyage, qu’il organise en Lorraine.
Liens
À écouter aussi sur Photo Storia :
- Maxime Aliaga (épisode n°2)
- Sylvain Sester (épisode n°3)
- John Briens (épisode n°5)
- François Sidot (épisode n°17)
- James Chevreuil (épisode n°26)
- Philippe Bolle (épisode n°35)
- Adrien Lesaffre (épisode n°36)
- David Rouge (épisode n°40)
Les références de l’épisode
- Alakshak, album de Denis Aubry consacré à l’Alaska
- Crazy Nature – Nature Islandaise, album de la collection poésImages (photographies de Denis Aubry, textes du poète Philippe Mitre)
- Ouvrons les portes, album de la collection poésImages
- Escourbiac, imprimeur d’art du Tarn (impression de ses albums) (→ à mapper : John Briens)
- Les 100 plus belles photos du Bénin, ouvrage collectif (éditions Miwa) où figure sa photographie « la petite fille des tatas »
- Philippe Mitre, poète lorrain, collaborateur de la collection poésImages
- Le festival Le Voyage, à Maxéville (Lorraine)
- Scribus, logiciel libre de mise en page
Au fil de l’épisode
- 00:00:42 — Qui est Denis Aubry
- 00:01:35 — Une photographie très variée, du graphisme à l’animalier
- 00:02:55 — Ses expatriations : Gabon, Nigeria, Roumanie
- 00:05:49 — L’accès privilégié aux populations
- 00:07:48 — De l’argentique au numérique : un regard qui change
- 00:10:05 — Sauver quarante ans de diapositives
- 00:12:12 — Le Grand Nord avec sa compagne
- 00:17:10 — Le Bénin, 1986 : la petite fille des tatas
- 00:22:02 — Sa toute première photographie
- 00:28:19 — Auteur photographe : la question du statut
- 00:31:41 — Associer l’image à d’autres arts
- 00:33:37 — Le festival Le Voyage
- 00:36:24 — Alakshak, l’album sur l’Alaska
- 00:42:09 — L’aventure de l’auto-édition
- 00:48:20 — Ses conseils aux futurs auto-éditeurs
- 00:54:18 — La collection poésImages avec le poète Philippe Mitre
- 00:57:34 — Le mot de la fin
FAQ
Qui est Denis Aubry ?
Denis Aubry est un auteur photographe lorrain, ancien enseignant spécialisé, tourné vers la photographie de voyage, naturaliste et ethnographique. Après une vingtaine d’années en Afrique, il photographie aujourd’hui les grands espaces du Grand Nord et de l’Altaï mongol, et publie des albums où l’image dialogue avec la poésie.
Quel type de photographie pratique Denis Aubry ?
Une photographie de voyage très variée : naturaliste et animalière (renard arctique, faune du Grand Nord), ethnographique (les Kazakhs de l’Altaï) et de paysage. Ce qui l’intéresse avant tout, c’est de témoigner d’une rencontre ou d’une immensité, plus que la prouesse technique.
Quels livres a-t-il publiés ?
Son album Alakshak est consacré à l’Alaska. Il anime aussi la collection poésImages avec le poète Philippe Mitre (Crazy Nature sur l’Islande, Ouvrons les portes), et prépare un ouvrage sur les arbres du monde, L’arbre en face. Tous sont auto-édités.
Pourquoi associe-t-il la photographie à d’autres arts ?
Parce que l’image seule ne suffit pas, dit-il, à partager tout ce qu’il a vécu. Il fait donc dialoguer ses photographies avec la poésie, la peinture et la musique, jusqu’à des spectacles et un festival, Le Voyage, qu’il organise en Lorraine.
Où découvrir son travail ?
Sur son site officiel, lors de ses expositions et conférences, et dans ses albums, diffusés en librairie, en médiathèque et sur les festivals.