Arrivé au Niger à la fin des années 1960 à la faveur d'une panne de moteur, Maurice Ascani n'en est jamais reparti. Cinquante-quatre ans plus tard, ce photographe français est devenu l'une des grandes mémoires visuelles du pays et du Sahara.
De sa rencontre avec le premier pharmacien de Niamey aux fêtes peules de la cure salée, de la faune disparue du Tenéré à ses livres « majestueux », il raconte une vie entière vouée à photographier une Afrique qu'il a vue changer.
Maurice Ascani, un demi-siècle à photographier le Niger
De Nice au Niger, par accident
Maurice Ascani entre à treize ans en apprentissage chez un maître photographe à Nice, passe son CAP, son brevet de compagnonnage, puis l’école de photographie de Vaugirard à Paris. Jeune reporter pour l’agence United Press International, confronté tôt à des sujets difficiles, il a un jour envie de « prendre l’air ». En pleine époque hippie, il rêve de rejoindre Katmandou en combi Volkswagen ; son père le convainc plutôt de découvrir l’Afrique, le Sahara, les Touaregs. En route vers le Malawi avec deux amis, une panne de moteur l’immobilise au Niger, à la fin des années 1960. Il y rencontre Louis-Henri Morin, premier pharmacien de Niamey, qui tient aussi un atelier de photographie ; il commence à travailler avec lui et, sur une mission touristique confiée par le président Diori, découvre le massif de l’Aïr. Il ne repartira plus : depuis, il vit exclusivement de la photographie.
Mémoire d’un Niger et d’un Sahara qui s’effacent
Pendant des décennies, Maurice Ascani parcourt le pays à pied, à cheval, à dos de dromadaire, en voiture — souvent sans montre, sans boussole ni GPS, ayant appris à « lire le sable ». Il photographie une nature aujourd’hui décimée : autruches, gazelles Dorcas et Dama, mouflons à manchettes, victimes du braconnage, ce qui le pousse à créer en 2003 l’association SOS Faune du Niger. Il capte aussi les grandes fêtes traditionnelles — la cure salée et le gerewol des Wodaabe, le festival de l’Aïr — et se trouve, en septembre 1989, premier photographe sur les lieux du crash du DC-10 d’UTA dans le Tenéré. Autant de scènes devenues aujourd’hui presque inaccessibles, l’insécurité ayant fermé la plupart de ces régions.
Trois livres « majestueux », une œuvre à sauvegarder
De cette vie de terrain sont nés plusieurs ouvrages, tous autoédités. « Niamey à 360° » (2010) rassemble des photographies aériennes de la capitale, réalisées grâce à une convention avec l’armée de l’air du Niger — cinquante heures de vol contre un portfolio. « Majestueux Niger » (2019), cent soixante-seize pages et plus de trois cents photographies, traverse tout le pays, du plateau du Djado au fleuve Niger. Son dernier livre, « Majestueuse Casamance » (2021), célèbre le Sénégal et la culture diola, qu’il fréquente depuis les années 1970. Reste une inquiétude, qu’il partage sans détour : que deviendront ses cinquante-quatre années d’archives, ces étagères entières de diapositives argentiques ? Il s’en ouvre à la Bibliothèque nationale de France, faute de programme de conservation au Niger — conscient de détenir une mémoire irremplaçable.
Liens
Pour suivre Maurice Ascani :
À écouter aussi sur Photo Storia :
- Robert Nzaou (épisode n°8)
- Pascal Villeneuve (épisode n°9)
- François Claerhout (épisode n°10)
- John Kalapo (épisode n°22)
- Yanick Folly (épisode n°24)
- Alexandre Sattler (épisode n°29)
- Apsatou Bagaya (épisode n°30)
- Stéphane Scotto (épisode n°34)
- Philippe Bolle (épisode n°35)
Les références de l’épisode
- « Majestueux Niger » (2019, 176 pages, plus de 300 photographies, autoédité)
- « Niamey à 360° » (photographies aériennes, 2010, ~100 exemplaires, avec l’armée de l’air du Niger)
- « Majestueuse Casamance » (Sénégal, imprimé à Dakar, 2021)
- Ouvrages collectifs : « Sahara, planète bleue » ; « Côte d’Ivoire, terre de contrastes » (~1995)
- Association SOS Faune du Niger (fondée en 2003)
- Massif de l’Aïr, désert du Tenéré, plateau du Djado, fleuve Niger, parc national du W
- Cure salée / gerewol (Wodaabe, Peuls) ; festival de l’Aïr (Iférouane)
- Crash du DC-10 d’UTA (vol 772, Tenéré, septembre 1989)
- Louis-Henri Morin (premier pharmacien de Niamey, mentor) ; président Hamani Diori
- École de photographie de Vaugirard (Paris) ; agence United Press International
- Dépôt légal à la Bibliothèque nationale de France
Au fil de l’épisode
- 00:01:08 — L’apprentissage à Nice, treize ans
- 00:03:53 — Jeune reporter, l’appel de l’Afrique
- 00:05:46 — La panne, le Niger, Louis-Henri Morin
- 00:06:53 — Rester au Niger et vivre de la photographie
- 00:10:47 — Le Tenéré d’avant et la faune disparue
- 00:14:29 — Premier photographe sur le crash du DC-10 d’UTA
- 00:16:23 — La cure salée et le gerewol des Wodaabe
- 00:24:30 — « Niamey à 360° » et l’armée de l’air
- 00:29:17 — « Majestueux Niger »
- 00:31:28 — « Majestueuse Casamance »
- 00:34:52 — Sauvegarder cinquante-quatre ans d’archives
FAQ
Qui est Maurice Ascani ?
Un photographe français installé au Niger depuis la fin des années 1960. En plus de cinquante ans, il est devenu l’une des principales mémoires visuelles du pays et du Sahara, et vit exclusivement de la photographie.
Comment est-il arrivé au Niger ?
Presque par hasard : parti d’Europe en voiture vers le Malawi à la fin des années 1960, une panne de moteur l’immobilise au Niger. Il y rencontre le premier pharmacien de Niamey, se met à travailler avec lui et ne repart plus.
Quels livres a-t-il publiés ?
Plusieurs ouvrages autoédités : « Niamey à 360° » (photographies aériennes, 2010), « Majestueux Niger » (2019) et « Majestueuse Casamance » (2021), consacré au Sénégal.
Quel est son engagement en faveur de la nature ?
Il a fondé en 2003 l’association SOS Faune du Niger pour alerter sur la disparition de la faune sahélienne (autruches, gazelles, mouflons) sous l’effet du braconnage.