John Briens n'est pas photographe : il est l'homme qui transforme leurs photos en livres. Conseiller chez Escourbiac, imprimeur d'art réputé du Tarn, il accompagne les auteurs bien au-delà de l'impression — de l'editing des images au choix des papiers, de la chromie au façonnage. Formé à l'École Estienne, il se voit d'abord comme un « facilitateur » au service de l'artiste et de son projet.
Dans cet épisode, il raconte comment naît un beau livre de photographie, du tirage d'art à l'objet qu'on garde toute une vie — et pourquoi le fond et la forme doivent toujours sonner juste.
Bien plus qu’un imprimeur, un facilitateur
John Briens aime corriger le mot qui le définit : « on est imprimeur, mais on est bien plus que ça. » Formé à l’École Estienne, il a rejoint Escourbiac, imprimeur d’art du Tarn fondé il y a une cinquantaine d’années et entièrement tourné vers la photographie et le beau livre. Son rôle y tient d’abord à l’écoute : sentir ce que l’artiste veut transmettre, souvent difficile à formuler, puis le lui restituer en propositions concrètes, dans un cadrage budgétaire, en visant l’excellence même sur les projets les plus modestes. « On ne fait pas un livre de plus, on fait le livre de la personne », résume-t-il.
Car un livre, dit-il, c’est comme une partition : il suffit d’un coup de cymbale mal placé — ou d’une seule mauvaise photo — pour tout casser.
L’atelier des mille savoir-faire
Accompagner un livre, c’est mobiliser une chaîne entière. D’abord l’editing : aider l’auteur à choisir parmi ses centaines d’images, quitte à écarter celles auxquelles il tient, pour servir la cohérence du récit. Puis la chromie, confiée à un spécialiste de la photogravure : pour un noir et blanc, on n’imprime pas à l’encre noire mais en bichromie ou trichromie, parfois rehaussée d’un argent métal pour retrouver le grain de l’argentique. Viennent ensuite le choix du papier — parmi quarante mille références —, la correction typographique, le façonnage. Escourbiac a même monté un atelier de façonnage d’exception : reliure 180° qui ouvre le livre à plat pour lire une photo en pleine double page, marquage à chaud irisé, pelliculage « grain pierre » — ce revêtement rêche, comme un pelage, qui habille la couverture du Pongo de Maxime Aliaga.
Chaque livre cherche sa cohérence : pour un ouvrage sur la Formule 1, l’équipe est allée jusqu’à fermer le coffret avec une véritable jugulaire de casque.
Le livre, un avant et un après
Pour un photographe, éditer un livre change tout : « il y a un avant et un après », le regard du public sur son travail n’est plus le même, il est légitimé. John Briens l’a vu des dizaines de fois — avec Sylvain Sester et La vie est belle, né des longues journées du confinement, ou avec Yegan Mazandarani, dont le tout premier livre, sur le Donbass en argentique, a été salué par la presse et primé. Escourbiac accompagne aussi le financement participatif, le stockage, l’expédition, et se refuse à pousser un auteur vers un tirage déraisonnable. Ce qui le touche le plus, ce sont les moments de partage : ces contributeurs qui, après des mois d’attente, montent à Paris et disent simplement « merci » au photographe. Le livre, pour lui, est un vecteur de vie — un objet qu’on garde, qu’on offre, et qui un jour nous survivra.
Liens
À écouter aussi sur Photo Storia :
- Loïc Casanova (épisode n°1)
- Maxime Aliaga (épisode n°2)
- Sylvain Sester (épisode n°3)
- Yegan Mazandarani (épisode n°6)
- Denis Aubry (épisode n°7)
- Florent Tallarico (épisode n°21)
- James Chevreuil (épisode n°26)
- Valentina Benigni (épisode n°39)
Les références de l’épisode
- Escourbiac, imprimeur d’art spécialisé dans le beau livre et le livre de photographie (Graulhet, Tarn)
- L’École Estienne, école parisienne des industries graphiques
- Fedrigoni, papetier de création
- Pongo, livre de Maxime Aliaga sur les orangs-outans (couverture au pelliculage « grain pierre »)
- La vie est belle, livre de Sylvain Sester
- Le premier livre de Yegan Mazandarani, sur le Donbass (photographie argentique)
- Bruno Bailleul, graphiste, coauteur d’un livre sur les casques de Formule 1
Au fil de l’épisode
- 00:01:09 — Son parcours, de l’École Estienne à Escourbiac
- 00:02:12 — « Imprimeur, mais bien plus que ça » : son rôle
- 00:03:36 — Les projets qui l’ont marqué
- 00:06:00 — L’auto-édition, une seconde voie légitime
- 00:10:10 — L’editing : choisir les bonnes photos
- 00:12:57 — La chromie : bichromie, trichromie, argent métal
- 00:13:49 — La correction typographique
- 00:15:04 — Accompagner le financement participatif
- 00:20:25 — Sylvain Sester et La vie est belle
- 00:21:17 — Yegan Mazandarani et son livre sur le Donbass
- 00:24:10 — Lionel Luca, du salon de la photo à sa maison d’édition
- 00:27:13 — Travailler à partir de photographies argentiques
- 00:34:10 — La reliure 180°, la photo en pleine double page
- 00:40:16 — L’atelier de façonnage d’exception
- 00:44:23 — La chaîne graphique, de l’image au livre
- 00:51:00 — Le livre d’entreprise et de commande
- 00:55:18 — Bien choisir son chiffre de tirage
- 00:57:04 — Le pelliculage « grain pierre » du Pongo de Maxime Aliaga
FAQ
Qui est John Briens ?
John Briens est conseiller chez Escourbiac, imprimeur d’art du Tarn spécialisé dans le beau livre et la photographie. Formé à l’École Estienne, il accompagne les photographes dans la fabrication de leur livre, de l’editing des images au façonnage. Il se définit moins comme un imprimeur que comme un facilitateur au service de l’artiste et de son projet.
Que fait un imprimeur d’art comme Escourbiac pour un livre photo ?
Bien plus qu’imprimer. L’accompagnement est global : choix et editing des photos, photogravure et chromie (bichromie ou trichromie pour le noir et blanc), sélection des papiers, correction typographique, façonnage (reliure, marquage à chaud, pelliculage), et jusqu’au financement participatif, au stockage et à l’expédition.
Pourquoi un livre compte-t-il autant pour un photographe ?
Parce qu’« il y a un avant et un après », dit John Briens. Le livre légitime le photographe, change le regard de son public et laisse une trace durable. C’est un objet qu’on garde toute une vie, qu’on transmet, et qui matérialise le travail bien mieux qu’un fichier sur un disque dur.
Qu’est-ce que la bichromie ou la trichromie en impression ?
Pour restituer un beau noir et blanc, on n’imprime pas seulement à l’encre noire : l’image est composée de deux noirs et un gris (bichromie) ou d’un noir et deux gris (trichromie), parfois avec un argent métal. Cela garantit profondeur, chaleur et une calibration identique de la première à la dernière page.
Escourbiac aide-t-il aussi à l’auto-édition et au financement ?
Oui. Escourbiac a développé une compétence d’accompagnement au financement participatif, avec plusieurs dizaines de campagnes à son actif, et conseille les auteurs même quand elle ne gère pas la collecte. L’imprimeur peut aussi prendre en charge le stockage et l’envoi des exemplaires aux contributeurs.