Pour Sophie Bourgeix, un portrait est bien plus qu'une image. Portraitiste à Aix-en-Provence, formée à la psychologie avant de vivre de la photographie, elle cherche dans chaque visage une histoire, une énergie, une émotion.
De son projet sur le handicap, « L'autre regard », à son livre de portraits masqués, « Des Masqués », conçu comme un devoir de mémoire, elle raconte une pratique du portrait où la rencontre compte autant que l'image.
Deux fils courent dans la vie de Sophie Bourgeix : la photographie et l’attention à l’autre. Maîtrise de psychologie clinique d’un côté, appareil photo de l’autre — un petit 110 emporté en colonie dès l’enfance, ses copains posés sur les menhirs de Carnac pour premier souvenir d’image. On lui a dit, à l’école, qu’elle était « trop bonne élève » pour faire de la photo ; elle a suivi la psycho, sans jamais lâcher le labo noir et blanc installé dans sa salle de bains.
La bascule est venue d’un carrefour étonnant : à un moment sans travail ni études, deux voies ont émergé d’elle, devenir photographe à son compte ou monter une maison de retraite. Faute d’argent et de courage pour la seconde, elle a choisi la première — mais l’anecdote dit tout de son attachement à l’accompagnement de l’autre. Depuis 2013, elle tient un studio à Aix-en-Provence, et a participé pendant six ans, cours Mirabeau, à la Maison de la photographie fondée avec Étienne Klotz et Thibaud Chappe, où elle a mis en lumière des familles au sens le plus large.
Son premier grand projet, « L’autre regard », l’a menée dès 2013 auprès de jeunes en institut médico-éducatif. De ces portraits est née une phrase qui la hante encore : « tu les as photographiés comme des gens normaux. » Elle ne comprend toujours pas comment elle aurait pu faire autrement — et rêve que la normalité, un jour, change. Photographier une personne en situation de handicap ou n’importe qui d’autre, dit-elle, c’est la même chose : aller chercher, de l’intérieur, la lumière de l’humain.
Puis est venue la pandémie, et le choc de voir ses propres enfants masqués. De cette émotion naît « Des Masqués » : soixante-dix-huit portraits en noir et blanc, chacun accompagné du témoignage de la personne posée. Un appel à portraits, des proches et des inconnus, venus avec leur histoire — pour, contre, apeurés ou sereins — dans une bienveillance qu’elle a tenu à préserver, loin des empoignades des réseaux. Le noir et blanc pour ne garder que l’essentiel ; un euro reversé, par livre vendu, à une association de lutte contre les violences faites aux enfants.
Ce qui frappe, chez elle, c’est cette idée du livre comme devoir de mémoire : pour qu’on n’oublie jamais qu’un jour, on a demandé de porter un masque pour se protéger les uns les autres. « Perchée mais très ancrée », comme elle se décrit, Sophie Bourgeix fait du portrait un lieu de rencontre — et de son studio, un espace où l’on vient, aussi, se révéler à soi-même.
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Les références de l’épisode
- Livre « Des Masqués » (78 portraits masqués en noir et blanc, accompagnés de témoignages) · Projet « L’autre regard » (portraits autour du handicap, depuis 2013) · Maison de la photographie, Aix-en-Provence (avec Étienne Klotz et Thibaud Chappe) · Studio à Aix-en-Provence · Formation en psychologie clinique · Association Les Papillons, contre les violences faites aux enfants (1 € reversé par livre) · Christophe Capt, projet « Hurle à la vie »
Au fil de l’épisode
- 00:00:16 — Présentation de Sophie Bourgeix, photographe portraitiste à Aix-en-Provence, et de sa formation en psychologie
- 00:02:34 — Un parcours entre psychologie et photographie, deux fils rouges de toute sa vie
- 00:03:14 — Le souvenir de sa première photo marquante : ses copains sur des menhirs, en Bretagne
- 00:04:13 — Le moment où elle envisage de faire de la photographie son métier
- 00:05:39 — Une période sans travail ni études qui la ramène vers la photographie
- 00:06:47 — Son premier grand projet, « L’autre regard », autour de la différence
- 00:08:11 — Réflexion sur la normalité et le regard porté sur l’autre
- 00:09:47 — Sa façon de travailler et d’aborder ses sujets
- 00:10:43 — Un nouveau chemin, la spiritualité et les « demandes à l’univers »
- 00:12:35 — La naissance du projet de livre « Démasqué », né du confinement
- 00:13:17 — La question du masque, la peur et le rapport au visage caché
- 00:14:13 — Le choix de ne pas faire de portraits masqués
- 00:16:08 — Le livre pensé comme un devoir de mémoire
- 00:17:37 — Les réactions des personnes photographiées et la diversité des points de vue
- 00:20:45 — Son livre familial et personnel sur le confinement
- 00:22:12 — Réflexion sur ce que les enfants ont vécu pendant cette période
- 00:25:27 — L’impact du masque sur la socialisation des enfants
- 00:27:01 — Le témoignage d’un accouchement masqué
- 00:29:10 — La présentation de portraits du livre, à commencer par ses enfants
- 00:30:18 — Le portrait d’une petite fille qui l’a particulièrement touchée
- 00:32:40 — Le portrait d’une chirurgienne-dentiste
- 00:33:17 — Muriel, artisane d’art, et son bijou créé pour le masque
- 00:36:34 — Les portraits de famille et les photos de groupe
- 00:38:01 — Le masque comme obstacle pour les personnes malentendantes
- 00:40:41 — Une petite fille photographiée plusieurs fois et sa volonté de témoigner
- 00:44:25 — Le portrait d’une avocate qui devait plaider masquée
- 00:46:06 — Caroline, engagée et écoresponsable, dernier portrait du livre
- 00:50:21 — La partie technique : l’auto-édition du livre
- 00:51:19 — Son directeur artistique, qui est aussi son frère
- 00:52:45 — Le suivi éditorial et la relecture confiés à Georgia
- 00:53:24 — La rencontre avec l’imprimerie CCI à Marseille
- 00:57:12 — Le choix du papier d’édition
- 00:58:27 — Une fabrication sous-traitée en France et la valorisation des talents locaux
- 00:59:31 — La diffusion du livre, en vente uniquement sur son site et via Collection
- 01:01:01 — Un livre pensé hors de toute logique de rentabilité
- 01:04:10 — Un futur projet de livre sur un sujet de société
- 01:07:13 — La presse, les articles et la visibilité autour du projet
- 01:10:43 — Sa relation avec son frère, renforcée par ce travail commun
- 01:14:15 — La signature éditoriale et la valeur d’un accompagnement professionnel
- 01:18:04 — Un échange sur les autres épisodes du podcast
- 01:20:05 — L’idée d’un salon du livre auto-édité
- 01:21:21 — Conclusion et invitation à s’abonner au podcast
FAQ
Qui est Sophie Bourgeix ?
Une photographe portraitiste installée à Aix-en-Provence, formée à la psychologie, qui aborde le portrait comme une rencontre avant d’être une image.
De quoi parle son livre « Des Masqués » ?
De la pandémie racontée à travers soixante-dix-huit portraits masqués en noir et blanc et les témoignages des personnes photographiées, conçu comme un devoir de mémoire.
Qu’est-ce que le projet « L’autre regard » ?
Une série de portraits autour du handicap, commencée en 2013, qui cherche à photographier chacun « comme tout le monde ».
Quel est son lien avec la psychologie ?
Sa formation de psychologue clinicienne nourrit son écoute et son approche humaine du portrait, même si elle ne pratique pas de « thérapie par la photographie ».