Pierre Sage met en scène la nuit lyonnaise comme un théâtre de séduction. Photographe installé à Villeurbanne, ancien professeur de mathématiques venu à l’image à vingt ans, il signe avec Nightcolors Lyon, les fleurs du mal un livre autoédité né de six ans de shootings dans les bars et restaurants chics de Lyon. Dans cet entretien, il raconte comment il orchestre des mises en scène à quinze personnes, dirige mannequins et figurants comme un chef d’orchestre, et compose une vision très personnelle de la sensualité. Une plongée dans un univers de charme, de volupté et d’imprévu maîtrisé.
Pierre Sage, la photographie de charme et la mise en scène de la nuit lyonnaise
Biographie de Pierre Sage
Pierre Sage est photographe, installé à Lyon, plus précisément à Villeurbanne. Son parcours, comme il le dit lui-même, est atypique : il a été professeur de mathématiques au début de sa vie professionnelle, un univers très éloigné de ses aspirations photographiques. Il prend goût à la photo à vingt ans, à une époque où le numérique n’existait pas encore. Ses premières images, il les réalise avec sa femme, à l’aide d’appareils photo jetables développés au magasin du coin, autour de jeux entre eux, sur l’érotisme et la sensualité.
Avec l’arrivée du numérique et de ses premiers boîtiers, il continue d’explorer cet univers de charme, de volupté et de sensualité, d’abord en photographiant la femme seule. Pour comprendre ce qu’il cherchait, il s’est lui-même fait photographier par d’autres : c’est en constatant qu’ils ne retranscrivaient pas ce qu’il attendait qu’il a trouvé sa voie.
Au fil des années, son travail évolue vers les mises en scène à plusieurs personnages, les chorégraphies de séduction entre hommes et femmes. Ce travail aboutit à un livre autoédité, Nightcolors Lyon, les fleurs du mal, fruit de plusieurs années de shootings dans les bars et restaurants de Lyon, et à des expositions, notamment à Arles, à Paris et en Chine.
Du jetable au numérique : une vocation venue « par hasard »
Pierre Sage insiste : il n’a jamais vraiment cherché son style, il l’a trouvé d’emblée. Là où beaucoup de photographes tâtonnent, lui savait dès le départ ce qu’il voulait exprimer. Tout commence par des appareils jetables, achetés et développés au Carrefour du coin, avec la gêne assumée de la dame qui validait les tirages devant lui. Puis viennent les premiers boîtiers numériques. Ce qui l’anime n’est pas la photographie en tant que technique : il ne sort pas tous les jours avec son boîtier. Ce qu’il cherche, c’est à retranscrire une vision intérieure de la sensualité, de la femme, de l’érotisme.
« Il faudrait peut-être que je fasse une psychanalyse de plusieurs années pour comprendre d’où ça vient », glisse-t-il. Mais l’envie d’exprimer, elle, est là dès le début. D’abord centré sur la femme seule, son travail bascule un jour, en plein shooting, vers le désir d’une interaction entre hommes et femmes — une rupture qu’il décrit comme une forme de burn-out créatif.
Le chef d’orchestre : diriger quinze personnes en une journée
Une séance de Pierre Sage ne s’improvise pas. En amont, c’est un mois de travail : mood board, story-board, échanges avec mannequins, styliste, maquilleurs. Le lieu — souvent un bar ou un restaurant lyonnais au décor singulier — est repéré et photographié à l’avance, les scènes identifiées, les éclairages placés virtuellement. Le jour J, le shooting commence à 7 h et se termine à 20 h, avec une mise en place lumineuse qui peut occuper trois heures, entre cinq et quinze sources de lumière par scène. « Je suis vraiment l’élément, le chef d’orchestre qui va leur donner le tempo », résume-t-il.
Tout est maîtrisé en amont, sauf l’humain. Avec quatre mannequins hommes et une mannequin femme, les ego, la séduction, les rivalités créent une part d’imprévu qu’il revendique comme le cœur de son travail. Il joue du caractère de chacun : conforter, déstabiliser, isoler un mannequin pour le mettre en avant. Le « grain de sable » — une dispute, une mésentente pendant la préparation — n’arrête jamais la machine ; il l’utilise pour réinventer une scène à la volée.
Pour préserver l’ambiance, il a compris l’importance d’un « good viber » ou d’une « good vibes » : une personne dont le rôle est de détendre les mannequins, de leur proposer un café, de discuter pendant le maquillage. « On est dans le monde de la séduction », dit-il. Son meilleur souvenir n’est pas une photo précise, mais la synergie collective de chaque journée, le fait d’arriver le soir en se disant que des gens qui ne se connaissaient pas ont créé quelque chose ensemble.
C’est sur ce point que se rejoignent photographe de charme et photographe de voyage : la rencontre, l’être-ensemble, le moment partagé. Pierre Sage compare volontiers ses séances au règne animal — le « chef de meute », le « jeune loup » qui veut prendre la place du calife — une grille de lecture qui fait écho aux univers évoqués par d’autres invités du podcast, comme les photographes naturalistes.
Nightcolors Lyon, les fleurs du mal : six ans de nuits fantasmées
Le livre est né sans plan. « Je n’ai jamais imaginé faire un livre », confie-t-il. L’idée de la série sur les bars et restaurants de Lyon s’est imposée en observateur, en sortant dans les lieux branchés de la ville, en regardant l’homme se transformer « en frelon un samedi soir » pour tourner autour de l’abeille. De ces lieux de séduction codifiés, il a tiré sa propre vision. La première mise en scène à plusieurs personnages reste l’un de ses souvenirs les plus marquants : un lieu boudoir reproduisant un bar de Venise, un styliste avec des vêtements des années 30-40, deux hommes et une femme.
En 2018, sentant qu’il arrivait au bout d’une série, il pense au livre et se tourne vers la plateforme de financement participatif Ulule. Le projet couvre alors trois établissements ; au total, le travail représente six ans, treize établissements, une soixantaine de mises en scène et quelque quatre-vingts artistes ayant collaboré sur cinq ans. La campagne fonctionne, et le livre sort — tiré, de mémoire, entre 400 et 500 exemplaires.
Le processus d’autoédition, il le décrit comme un vrai métier : communication, présence sur les réseaux, et surtout l’épreuve de parler de soi, qu’il a détestée. Il a tout réalisé seul, en lien étroit avec un imprimeur qui l’a beaucoup conseillé — et beaucoup disputé, car rien n’était préparé et les délais furent tenus à trois ou quatre mois, dans l’urgence. Pourquoi ne pas passer par un éditeur ? Parce que le crowdfunding lui permettait de vérifier que des « ambassadeurs » adhéraient à son projet, et d’assurer l’équilibre financier dès le succès de la campagne. Cet enjeu de l’autoédition et de la diffusion d’un livre photo rejoint le parcours d’autres invités, comme Loïc Casanova et son travail en noir et blanc autoédité ou Maxime Aliaga et sa monographie naturaliste.
Aujourd’hui, les ventes sont anecdotiques — moins de dix par mois — d’autant qu’il a traversé un burn-out après le livre et les expositions, coupant plus d’un an avec la photo et les réseaux sociaux. Mais l’essentiel pour lui n’était pas commercial : c’était matérialiser, à sa petite échelle, ce qu’il avait envie de retranscrire. « La boucle est bouclée. »
Un shooting de charme au cœur de la Chine
Repéré à Arles par une association chinoise, Pierre Sage a été invité à deux reprises en Chine par un agent local. Avec quatre autres photographes, il a découvert le pays — y compris de petits villages — et exposé dans plusieurs villes du sud de la Chine, ainsi qu’au festival Pékin Photo. Mais le plus surréaliste fut d’y réaliser un shooting dans son univers de charme, lingerie et sensualité, avec trois mannequins chinois, dans un lieu fermé au public — alors que ce type d’images est officiellement interdit de diffusion sur les réseaux et navigateurs chinois.
L’expérience l’a marqué autant par la rencontre que par les différences culturelles : une organisation « à la chinoise » plus imprévisible, des échanges via interprètes, et surtout une autre manière d’exprimer les émotions, avec beaucoup plus de retenue. Les photos prises sur place ont été publiées dans des magazines américains et anglais, figurent sur son site, et ont fait l’objet d’un article par un journaliste lyonnais. Cette confrontation à la culture chinoise a nourri chez lui l’envie d’un projet futur : travailler avec des mannequins asiatiques, dans des univers où la séduction et la volupté ne sont pas familières.
Un conseil pour se lancer dans l’autoédition
Interrogé sur le conseil qu’il donnerait à qui veut se lancer dans l’autoédition d’un livre, Pierre Sage reste humble : il n’en a fait qu’un, et sans réfléchir. Mais sa conviction est claire : il faut le faire avec son cœur, être honnête avec soi-même, expliquer le pourquoi du comment avec ses propres mots, sans chercher à survendre.
Selon lui, le travail seul, aussi talentueux soit-il, ne suffit plus : ce qui touche, c’est le parcours, ce qu’il y a derrière l’image. Il invite donc à se livrer « avec intelligence et parcimonie », à se jeter à l’eau en sachant que c’est un travail, et à accepter que ça fonctionne ou non. L’avantage du crowdfunding, rappelle-t-il : si le projet ne se finance pas, chacun repart avec sa mise, et l’édition ne se fait simplement pas.
Au fil de l’épisode
- 00:00:16 — Présentation de Pierre Sage et du livre Nightcolors Lyon, les fleurs du mal
- 00:00:40 — Son parcours : de prof de maths à la photographie de charme
- 00:01:53 — Les débuts avec des appareils jetables et sa femme
- 00:02:55 — Le passage au numérique et la femme seule comme sujet
- 00:05:14 — La scénographie : un mois de préparation par séance
- 00:06:30 — Une journée de shooting de 7 h à 20 h
- 00:07:34 — Diriger les ego et les interactions entre mannequins
- 00:11:54 — Le premier shooting à plusieurs personnages, dans un décor de Venise
- 00:13:19 — Comment il trouve ses lieux et gagne la confiance des établissements
- 00:14:18 — Le déclic du livre en 2018 et le recours à Ulule
- 00:15:46 — Le rôle du « good viber » pour détendre les mannequins
- 00:24:08 — La photo aux quatre hommes et le « jeune loup »
- 00:28:09 — Le processus d’autoédition : communication et parler de soi
- 00:32:21 — Trois à quatre mois intenses avec l’imprimeur
- 00:35:00 — Tirage, ventes et burn-out après le livre
- 00:39:02 — Les expositions et le voyage en Chine
- 00:40:28 — Un shooting de charme en plein Pékin
- 00:45:25 — Le projet futur autour des cultures asiatiques
- 00:47:45 — Son conseil pour se lancer dans l’autoédition
Références abordées
- Nightcolors Lyon, les fleurs du mal — livre autoédité de Pierre Sage sur la nuit lyonnaise
- Plateforme de financement participatif Ulule, utilisée pour éditer le livre
- Expositions à Arles, à Paris et en Chine
- Festival Pékin Photo, où il a exposé et défilé
- Publications dans des magazines américains et anglais des photos prises en Chine
Pour aller plus loin
FAQ
Qui est Pierre Sage ?
Pierre Sage est un photographe installé à Villeurbanne, près de Lyon. Ancien professeur de mathématiques, il est venu à la photographie à vingt ans et s’est spécialisé dans la photographie de charme et la mise en scène, autour des thèmes de la sensualité et de la séduction. Il est l’auteur du livre autoédité Nightcolors Lyon, les fleurs du mal.
Quel type de photographie pratique Pierre Sage ?
Pierre Sage réalise des mises en scène de charme, sensuelles et érotiques, souvent à plusieurs personnages. Il orchestre des séances réunissant jusqu’à quinze personnes — mannequins, stylistes, maquilleurs — dans des bars et restaurants chics de Lyon. Son travail repose sur un fort travail d’éclairage préparé en amont et sur l’imprévu des interactions humaines.
Qu’est-ce que le livre Nightcolors Lyon, les fleurs du mal ?
C’est le livre autoédité de Pierre Sage, fruit de six ans de shootings dans les bars et restaurants de Lyon. Il rassemble des mises en scène de séduction réalisées dans treize établissements, soit une soixantaine de scènes. Financé via la plateforme Ulule en 2018, il a été tiré, de mémoire, entre 400 et 500 exemplaires.
Pourquoi Pierre Sage a-t-il choisi l’autoédition ?
Il a opté pour l’autoédition et le financement participatif sur Ulule afin de vérifier que des gens adhéraient à son projet et d’assurer l’équilibre financier dès le succès de la campagne. Il décrit ce processus comme un vrai travail de communication, mais aussi une épreuve : celle, qu’il a détestée, de devoir parler de lui.
Pierre Sage a-t-il exposé à l’étranger ?
Oui. Repéré à Arles par une association chinoise, il a été invité à deux reprises en Chine, où il a exposé dans plusieurs villes du sud du pays et défilé au festival Pékin Photo. Il y a aussi réalisé un shooting de charme avec trois mannequins chinois, dans le second temps de l’entretien qu’il raconte comme une expérience surréaliste.
Où voir le travail de Pierre Sage ?
Le travail de Pierre Sage est visible sur son site internet, où figurent notamment les photos réalisées en Chine, et sur ses réseaux sociaux. Son livre Nightcolors Lyon, les fleurs du mal reste disponible à la vente. Les liens utiles sont rassemblés dans la section ressources de cette page.
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