Sylvain Sester est un photographe voyageur qui pratique le portrait posé à la rencontre des habitants des pays qu’il traverse. Depuis une quinzaine d’années, ce passionné parti d’Alsace cherche l’immersion bien plus que les sites touristiques : Bénarès, Madagascar, la Mongolie, l’Inde du Sud, les îles de la Sonde. De ces échanges est né La vie est belle, son premier livre autoédité, une ode au sourire et à la joie de vivre. Dans cet entretien, il raconte sa manière de voyager lentement et détaille, sans détour, toute la fabrication d’un livre photo en autoédition.

Sylvain Sester, voyager lentement pour photographier la rencontre, de l’Inde à la Mongolie

Biographie de Sylvain Sester

Sylvain Sester se définit comme un photographe voyageur : « Je ne sais pas si je suis plus photographe ou plus voyageur », confie-t-il, tant les deux sont indissociables chez lui. Établi en Alsace, il a longtemps exercé une activité dans l’industrie chimique, en Suisse, et consacrait l’ensemble de ses temps libres à voyager — au minimum deux fois par an, sur ses congés, pendant quinze à vingt ans. Il voyage avec son épouse, un compromis trouvé pour partir ensemble tout en laissant à chacun ses plaisirs.

Sa photographie est humaine, humaniste. Il ne fait pas de street photography par principe, même s’il lui arrive d’en faire à Calcutta ; ce qu’il recherche avant tout, c’est le portrait posé en voyage, prétexte idéal pour aller vers les gens. Il a commencé la photo vers 20 ans, l’a délaissée le temps d’élever ses enfants, puis l’a reprise lors d’un voyage déclencheur dans le nord de la Thaïlande.

Depuis qu’il a édité son livre, il se consacre pleinement à la photo et au voyage, et expose entre dix et quinze fois par an. La vie est belle, paru en 2020, est son premier livre, qu’il a autoédité.

Voyager lentement, chercher l’immersion plutôt que les sites

La méthode de Sylvain Sester tient en un mot : l’immersion. Il cite volontiers Alexandra David-Néel — « voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer » — et en a fait un principe de vie. Plutôt que de courir les points d’intérêt, il préfère rester au même endroit, se laisser perdre dans une vieille ville, retrouver chaque matin une famille rencontrée la veille. À Bénarès, il s’arrêtait tous les matins chez des gens croisés à 300 mètres de son hôtel, apportant cacahuètes et beignets pour partager un thé, même sans langue commune.

Pour accéder à cette proximité malgré des séjours courts, il passe souvent par des agences de tourisme équitable et privilégie le logement chez l’habitant — au Népal, en Mongolie, en Inde. Un accompagnateur l’aide fréquemment à entrer en contact avec les familles.

Parmi ses terrains de prédilection : Bali, Madagascar, la Birmanie, l’Inde, le delta de l’Orénoque au Vénézuela. Il apprécie particulièrement l’ambiance que donnent au voyage les religions présentes — bouddhisme, hindouisme, animisme. Le sud de l’Inde, qu’il parcourt de Pondichéry à Madurai, du Kerala au Tamil Nadu, l’a marqué pour sa douceur, ses lieux de pèlerinage et ses ashrams.

Sa journée type commence tôt, vers 5h30-6h, pour saisir la vie qui démarre. Et la rencontre, dit-il, se provoque avec passion : il toque aux portes, pousse les battants, monte les étages. « Il y a quasiment jamais de refus. » Il évoque aussi ces petits rituels qui scellent le lien, comme le tchaï indien bouillant servi dans une coupelle de terre, ou les trois thés successifs des Touaregs dans le sud de l’Algérie.

Des rencontres devenues images : Bénarès, la Mongolie, l’Indonésie

Le déclic est venu dans le nord de la Thaïlande, près de Mae Hong Son, dans un village d’une ethnie animiste réfugiée de Chine. Son accompagnateur l’envoie seul d’un côté du village ; il y assiste à une cérémonie funéraire — sacrifice de trois cochons, chaman dans l’arbre, ferveur, habits traditionnels — et y reste trois heures au lieu d’une. « C’était le déclencheur de cette aventure. »

Plusieurs rencontres reviennent au fil de l’entretien. À Kanyakumari, pointe méridionale de l’Inde où furent répandues les cendres de Gandhi, il croise une fillette mendiante aux yeux verts — qui d’abord l’envoie balader. Il revient l’après-midi, prend un thé avec son père tatoueur, et réalise « son Afghane aux yeux verts », clin d’œil à la célèbre image de Steve McCurry, qu’il cite parmi ses inspirations. Cette photo figure dans le livre.

En Mongolie, dans une famille qui les héberge, il rencontre la petite Zahia. Après un orage centenaire, l’enfant patauge, émerveillée, dans des flaques grandes comme de petits lacs. La photo deviendra la couverture de La vie est belle. « Telle fille, telle mère », tant la famille respirait le bonheur.

Sur l’île de Florès, en Indonésie, dans le village de Goro Hima, il photographie Amélia, quatre ans, jouant dans les clous de girofle. Quatre ans plus tard, il revient à l’improviste, dort chez la famille, partage la poule cuisinée à la machette. Plus tard, un ami photographe alsacien découvre que tout le village de bois a brûlé ; reconstruit grâce à un élan de solidarité, il reste lié à Sylvain, qui garde le contact avec Amélia via Facebook.

Cette logique du retour structure désormais ses projets : revenir là où il se sent bien, retrouver les gens déjà rencontrés — les pêcheurs Vezo de la côte ouest de Madagascar, par exemple. À Madagascar, il évoque aussi son amitié avec Pierrot Men, photographe de Fianarantsoa qu’il décrit comme « une perle » et qui fut le parrain d’une de ses expositions. Sensible à la famine qui touchait le sud de l’île, il s’interroge ouvertement sur sa posture : « finalement, je reste un touriste », et envisage d’y mêler un peu d’humanitaire.

La vie est belle : la fabrication d’un livre photo en autoédition

La seconde partie de l’entretien plonge dans les coulisses très concrètes de l’autoédition, de la décision jusqu’à l’expédition des colis. L’élément déclencheur a été l’invitation au festival de Montier-en-Der, en novembre 2020 : grand rendez-vous nature et animalier (45 000 visiteurs en quatre jours), il y a présenté une série réalisée au Sahara, dans le sud de l’Algérie et le nord du Tchad, auprès de Touaregs et Toubous. Cette sélection a servi de catalyseur : « c’était le moment de se lancer. »

Première décision : le thème. Plutôt que cette série désertique, Sylvain choisit un livre qui lui ressemble — la vie, le portrait, la rencontre — sous le titre La vie est belle, « une ode au bonheur, au sourire ». Deuxième décision : éditeur ou autoédition. Après avoir testé les deux pistes, il opte pour l’autoédition, ayant trouvé son circuit de distribution. Il imprime chez l’imprimeur Escourbiac, référence du livre photo, accompagné et « challengé » par son contact, John, notamment sur l’editing.

Le nerf de la guerre, répète-t-il, c’est de vendre avant d’imprimer. Il lance un financement participatif sur KissKissBankBank, conseillé par un ami, Xavier, lui aussi passé par cette plateforme. Campagne d’un mois, deux communications par semaine sur Facebook et Instagram, avec son rituel de la photo d’enfant le dimanche. Le succès est rapide : au bout de quatre ou cinq jours, il sait qu’il y va. À cela s’ajoute le soutien d’un mécène, Erwan Naour, qui lui prend 200 livres. Tirage final : 1 000 exemplaires (il en avait vendu plus de 700 au moment de l’enregistrement). Son seuil de rentabilité estimé tournait autour de 500.

Le cahier des charges était précis : format paysage à l’italienne 25 × 34, couverture rigide, beau papier, et une épaisseur « supérieure à deux centimètres ». Le livre fait environ 160 pages pour 130 photos, sans aucun doublon — chaque rencontre tient en une seule image, sauf rares exceptions. Le lexique en fin d’ouvrage raconte l’histoire de chaque photo. Sylvain assume des choix très personnels, comme l’Indienne aux yeux verts au regard pourtant neutre, parce que « la vie était belle » dans cette rencontre.

Vient enfin la logistique, qu’il détaille longuement : l’impression suivie sur place dans le Tarn-et-Garonne, mi-juillet ; le poids du livre (plus d’un kilo, soit près de trois kilos pour un colis de deux exemplaires) qui le rend vulnérable aux chocs. Il préfère Mondial Relay à la Poste — moins de casse, expédition de vingt livres en trois minutes contre vingt minutes au guichet — et pilote tous ses envois via la plateforme Boxtal, qui agrège transporteurs et suivi. Pour l’étranger, il bénéficie du tarif « livre et brochure ». Sur 120 envois Mondial Relay, un seul colis perdu : il avait fait le pari de ne pas souscrire d’assurance. Le projet, dit-il pour conclure, est avant tout une source de satisfaction et de plaisir, « comme dans la photo ».

Au fil de l’épisode

  • 00:00:43 — « Sylvain, qui es-tu ? » : photographe voyageur
  • 00:01:38 — La citation d’Alexandra David-Néel
  • 00:02:26 — Pays de prédilection : Bali, Madagascar, Birmanie, Inde
  • 00:03:38 — Une autre profession : l’industrie chimique
  • 00:05:10 — Voyager avec son épouse, logement chez l’habitant
  • 00:07:35 — Le portrait posé plutôt que la street photo
  • 00:10:19 — Se laisser perdre dans la vieille ville de Bénarès
  • 00:13:34 — Aller vers les gens avec passion, presque jamais de refus
  • 00:17:02 — Pondichéry : l’excitation de la veille, comme à Noël
  • 00:23:21 — La Thaïlande : la cérémonie animiste, le déclencheur
  • 00:27:57 — Les inspirations : Olivier Föllmi, Steve McCurry
  • 00:29:56 — Le sud de l’Inde : pèlerinages et ashrams
  • 00:33:43 — La fillette mendiante aux yeux verts de Kanyakumari
  • 00:37:09 — Le tchaï et les rituels du thé
  • 00:40:30 — Retourner voir les gens déjà rencontrés
  • 00:41:58 — Pierrot Men, ami photographe à Madagascar
  • 00:44:02 — L’île de Florès : Amélia et le village brûlé
  • 00:53:01 — La couverture du livre : Zahia en Mongolie
  • 00:57:55 — Choisir éditeur ou autoédition
  • 00:59:20 — Le festival de Montier-en-Der, catalyseur
  • 01:03:21 — Le financement participatif KissKissBankBank
  • 01:04:12 — L’imprimeur Escourbiac et le travail d’editing
  • 01:09:18 — Six mois de travail, tirage de 1 000 exemplaires
  • 01:17:00 — Le cahier des charges : format, papier, épaisseur
  • 01:20:23 — L’editing : savoir barrer même ses photos préférées
  • 01:26:10 — La logistique d’envoi : poids et fragilité
  • 01:30:00 — Mondial Relay, la Poste et Boxtal
  • 01:32:00 — L’assurance et le pari de ne pas la prendre
  • 01:34:35 — Un mot pour conclure : le plaisir du projet

Références abordées

  • La vie est belle — premier livre de Sylvain Sester, autoédité (2020)
  • Steve McCurry — photographe, célèbre pour « l’Afghane aux yeux verts »
  • Olivier Föllmi — photographe et auteur, notamment au Ladakh, cité comme « passeur de passion »
  • Alexandra David-Néel — exploratrice et écrivaine, citée pour sa vision du voyage
  • Pierrot Men — photographe malgache (noir et blanc), basé à Fianarantsoa
  • Festival de Montier-en-Der — festival photo nature et animalier (édition novembre 2020)
  • Imprimerie Escourbiac — imprimeur référence du livre photo
  • KissKissBankBank — plateforme de financement participatif utilisée pour le livre
  • Boxtal — plateforme d’expédition et de suivi de colis

Pour aller plus loin

FAQ

Qui est Sylvain Sester ?

Sylvain Sester est un photographe voyageur alsacien. Après une carrière dans l’industrie chimique, il consacre depuis quinze à vingt ans ses voyages à la rencontre des habitants des pays qu’il traverse. Il pratique une photographie humaniste, centrée sur le portrait posé, et a autoédité son premier livre, La vie est belle, en 2020.

Quel type de photographie pratique Sylvain Sester ?

Il fait de la photographie humaine et humaniste, principalement du portrait posé réalisé en immersion auprès des familles. Il privilégie la lenteur et la rencontre plutôt que les sites touristiques ou la street photography. Ses images captent des regards, des sourires et des scènes de vie, en Inde, en Mongolie, à Madagascar ou en Indonésie.

Quel est le livre de Sylvain Sester ?

La vie est belle est son premier livre, autoédité en 2020. Conçu comme une ode au bonheur et au sourire, c’est un beau livre au format paysage à l’italienne (25 × 34 cm), couverture rigide, d’environ 160 pages et 130 photographies, accompagnées de récits de rencontres. Sa couverture montre Zahia, une fillette photographiée en Mongolie.

Comment Sylvain Sester a-t-il édité son livre ?

Il a choisi l’autoédition après avoir trouvé son circuit de distribution. Le livre a été imprimé chez Escourbiac à 1 000 exemplaires. Pour financer le projet, il a lancé une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank et bénéficié du soutien d’un mécène. Dans le second volet de l’entretien, il détaille toute la fabrication, jusqu’à la logistique d’expédition.

Où voir le travail de Sylvain Sester ?

Sylvain Sester expose entre dix et quinze fois par an et partage régulièrement ses photographies sur Facebook et Instagram, où il poste notamment une photo d’enfant chaque dimanche. Son livre La vie est belle est en vente, et il participe à des salons du livre et festivals, dont Montier-en-Der.

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