Maxime Aliaga est un photographe naturaliste qui met l’image au service de la nature plutôt que l’inverse. Issu d’études naturalistes et d’années passées sur le terrain aux côtés de scientifiques, il consacre désormais son travail à la conservation des espèces, des forêts tropicales aux orangs-outans de Sumatra. Dans cet entretien enregistré au festival de Montpellier, il revient sur son parcours, sur la chance d’avoir photographié l’une des premières images d’une espèce d’orang-outan tout juste découverte, et sur l’aventure de son premier livre autoédité, Pongo.

Maxime Aliaga, du reportage naturaliste à l’autoédition d’un livre engagé

Biographie de Maxime Aliaga

Maxime Aliaga se présente comme un naturaliste photographe, et l’ordre des mots compte : pour lui, « la nature est plus importante que la photo qu’on en fait ». La photographie est un outil de sensibilisation, un témoignage, pas une fin artistique. Il a d’abord suivi des études naturalistes, portées par une fascination ancienne pour la nature et le vivant.

Ces études l’ont conduit sur le terrain comme assistant pour des docteurs et des étudiants en thèse, à récolter des données, notamment sur les oiseaux. Ce travail l’a mené dans des zones de nature sauvage reculées, parfois pendant des mois, à vivre avec les scientifiques et les populations locales. C’est de ce sentiment de privilège qu’est née l’envie de partager — d’abord avec ses proches, puis plus largement.

Peu à peu, la photographie a pris le dessus sur l’activité scientifique, tout en gardant un lien étroit avec le monde de la recherche. Aujourd’hui, Maxime Aliaga se fixe des thèmes, des espèces, des enjeux, et construit des reportages dédiés à la conservation. Membre actif de l’association Photographes pour la préservation de la nature et membre associé de la Ligue internationale des photographes de conservation, il publie ses reportages dans la presse spécialisée. En 2017, il fait partie des premiers photographes au monde à photographier l’orang-outan de Tapanuli, espèce alors tout juste décrite. En 2019, il remporte le Grand Prix du Festival international de la photographie animalière et de nature de Montier-en-Der.

De l’étude scientifique au reportage de conservation

Au départ, Maxime Aliaga était volontaire : de longs mois de travail non rémunérés, beaucoup d’engagement et d’abnégation. Une période idéale pour apprendre et découvrir, mais qui appelait à évoluer. La photographie est alors devenue son métier, sans rompre le fil avec la science. Sa méthode aujourd’hui : se poser des questions sur une espèce ou un enjeu, puis aller y répondre sur le terrain, image en main.

Pour les orangs-outans, il a suivi son intuition et contacté une ONG travaillant avec des scientifiques. Sa proposition était claire : venir documenter en images leur travail, et leur céder librement ses photos en contrepartie. Un échange gagnant-gagnant, car ces images servent aux associations pour communiquer, obtenir des subventions et sensibiliser le public.

Depuis quatre ou cinq ans, il retourne régulièrement les voir, partageant tous les aspects de leur travail, des centres de quarantaine aux stations de recherche en pleine forêt. Il se décrit désormais comme un membre à part entière de l’association, dont le rôle reste centré sur l’image et le partage.

Premières photos, premières publications et inspirations

Interrogé sur sa toute première photo, Maxime Aliaga se souvient d’un petit azuré, un papillon bleu, photographié dans le sud de la France, à ses débuts, sans téléobjectif et avec un traitement Photoshop qui le fait sourire aujourd’hui. La photo qui l’a vraiment marqué reste sa première publication, vers 2006, dans la revue Terre sauvage : une double page consacrée, là encore, à un papillon. « Je me suis dit qu’il y aurait peut-être quelque chose à faire avec la photo. »

Côté inspirations, il cite Tim Laman, photographe américain lauréat du Wildlife Photographer of the Year avec une image d’orang-outan et connu pour son travail sur les oiseaux de paradis — devenu son ami et son parrain au sein de la Ligue. Il évoque aussi son admiration pour des photographes français complets, capables de traiter de vrais sujets en reportage. Plus largement, il insiste sur l’importance de l’entraide entre photographes : malgré la difficulté d’en vivre, chacun a son style, et l’union compte plus que la concurrence.

Il décrit aussi une vie très fractionnée : des expéditions intenses où l’appareil ne quitte pas ses mains, et de longues périodes à domicile, consacrées au traitement et à la gestion des projets, où le boîtier peut rester trois ou quatre mois dans le sac. Un rythme cyclique qui lui rend chaque retour sur le terrain « excitant comme au premier jour ».

L’orang-outan de Tapanuli : une nouvelle espèce, photographiée au bon moment

L’épisode le plus marquant tient à un concours de circonstances. Maxime Aliaga voulait depuis des années travailler avec une association à Sumatra. Une fois sur place, on lui apprend qu’une population isolée d’orangs-outans, étudiée depuis des décennies, vient d’être identifiée comme une nouvelle espèce — et que l’annonce paraîtra le 17 novembre 2017. Problème : il n’existe aucune image de cette espèce. On lui propose alors trois semaines d’expédition pour tenter de la photographier.

Il accepte sans hésiter. Direction la forêt de Batang Toru, un milieu tropical montagneux et escarpé : entre six et sept heures de marche pour rejoindre le camp de base, puis trois semaines de vie sous des bâches, en lisière de forêt, à la recherche des animaux. La tâche est difficile, les orangs-outans rares et durs à trouver, mais il parvient à réaliser quelques images, dont une femelle avec son bébé.

Ces clichés ont ensuite illustré la découverte dans la presse du monde entier, des grands magazines scientifiques à la presse généraliste. Maxime Aliaga garde une grande modestie sur sa contribution : « Au final, j’ai pas fait grand-chose, mais j’étais là au bon endroit au bon moment. » Il rappelle que l’essentiel reste les longues années de recherche des scientifiques. L’expérience a néanmoins donné un coup de pouce à sa carrière.

Pongo, un livre autoédité au service d’une cause

De cet attachement aux orangs-outans est né Pongo, premier livre de Maxime Aliaga, sorti en octobre 2020 dans une version française. À sa connaissance, il s’agit du premier ouvrage en français entièrement consacré aux orangs-outans : il existe des livres sur les grands singes incluant une ou deux images, mais pas de monographie dédiée. Il envisage déjà une version anglaise pour toucher davantage de monde et amplifier la sensibilisation.

Pour ce premier livre, il a fait le choix de l’autoédition, presque sans se poser la question. Évoluant dans un réseau d’amis photographes expérimentés, il a beaucoup écouté leurs conseils, et plusieurs d’entre eux l’ont alerté sur de mauvaises expériences avec des éditeurs. L’autoédition lui permettait de tout maîtriser — un atout, mais aussi un défi pour qui n’a pas d’expérience : éditer un livre n’est pas rien. Le projet a représenté huit mois de travail.

Le financement est passé par une campagne de crowdfunding, atteignant les 100 % en une dizaine de jours à peine. Maxime Aliaga insiste : une campagne ne s’improvise pas. Il faut réfléquir en amont à la communication et au marketing, savoir toucher les gens, et surtout bien gérer sa timeline — le projet dans le temps. Au moment de l’entretien, il était en pleine livraison de 350 exemplaires, une étape qui lui a pris une dizaine de jours. Son conseil à qui veut se lancer : prendre papier et crayon, anticiper la partie financière (impression, contreparties, livraisons), gérer le calendrier, et savoir synthétiser ses idées pour les rendre sensibles, sans « écrire des tartines ».

Au-delà de la fierté personnelle d’un aboutissement après dix ans de photographie animalière, c’est le sens du livre qui compte pour lui : sensibiliser à l’espèce, avoir un impact positif sur sa conservation, et toucher notamment les enfants. La dimension collaborative du financement le touche particulièrement : sans les contributeurs, le livre n’aurait pas existé. Il salue d’ailleurs l’intérêt de l’autoédition comme « artisanat du livre », où l’auteur garde le contrôle à 100 % sur son projet — un terrain que défendent aussi d’autres invités du podcast, comme le photographe montpelliérain Loïc Casanova et son aventure d’autoédition.

Au fil de l’épisode

  • 00:00:28 — Présentation : photographe naturaliste et engagement pour la nature
  • 00:01:17 — Des études naturalistes à la photographie
  • 00:02:13 — Naturaliste photographe plutôt que photographe artiste
  • 00:02:34 — Assistant de terrain auprès des scientifiques
  • 00:04:03 — Quand la photo prend le dessus sur la science
  • 00:04:53 — Proposer ses services à une ONG pour les orangs-outans
  • 00:05:50 — Devenir membre à part entière de l’association
  • 00:06:41 — La toute première photo : un papillon azuré
  • 00:07:48 — La première publication dans Terre sauvage
  • 00:08:30 — Inspirations : Tim Laman et l’entraide entre photographes
  • 00:10:27 — Un rythme de travail cyclique entre terrain et bureau
  • 00:11:35 — L’orang-outan de Tapanuli, première monographie en français
  • 00:12:48 — Découvrir une nouvelle espèce par hasard à Sumatra
  • 00:14:01 — Trois semaines d’expédition dans la forêt de Batang Toru
  • 00:14:43 — Des images reprises dans la presse du monde entier
  • 00:15:42 — Ce que le livre Pongo lui apporte
  • 00:17:21 — Le choix de l’autoédition plutôt qu’un éditeur
  • 00:19:32 — Financer le livre par le crowdfunding
  • 00:21:54 — Conseils pour se lancer dans l’autoédition
  • 00:23:28 — Octobre 2020 : la sortie de Pongo et un mot de conclusion

Références abordées

  • Pongo, livre autoédité de Maxime Aliaga consacré aux orangs-outans (version française, octobre 2020)
  • L’orang-outan de Tapanuli, espèce décrite le 17 novembre 2017
  • La forêt de Batang Toru, à Sumatra, lieu de l’expédition
  • Tim Laman, photographe américain, lauréat du Wildlife Photographer of the Year, connu pour son travail sur les oiseaux de paradis
  • Terre sauvage, revue où paraît sa première publication (vers 2006)
  • Festival international de la photographie animalière et de nature de Montier-en-Der (Grand Prix 2019)
  • Ligue internationale des photographes de conservation
  • Association Photographes pour la préservation de la nature
  • Loïc Casanova, sur l’autoédition photo

Pour aller plus loin

FAQ

Qui est Maxime Aliaga ?

Maxime Aliaga est un photographe naturaliste français. Issu d’études naturalistes et de plusieurs années de terrain comme assistant scientifique, il a fait de la photographie un outil au service de la conservation des espèces. Il publie ses reportages dans la presse spécialisée et est membre d’associations dédiées à la préservation de la nature.

Quel type de photographie pratique Maxime Aliaga ?

Il se définit comme naturaliste photographe : pour lui, la nature passe avant l’image. Sa démarche est documentaire et engagée, centrée sur la faune sauvage et les enjeux de conservation. Il travaille par reportages thématiques, souvent en partenariat avec des ONG et des scientifiques, notamment dans les forêts tropicales.

Quel est le livre de Maxime Aliaga ?

Son premier livre s’intitule Pongo, consacré aux orangs-outans. Sorti en français en octobre 2020, il s’agit selon lui de la première monographie en français entièrement dédiée à cette espèce. Le livre a été autoédité et financé par une campagne de crowdfunding, avec l’objectif de sensibiliser à la conservation des orangs-outans.

Pourquoi Maxime Aliaga a-t-il choisi l’autoédition ?

Conseillé par un réseau d’amis photographes ayant parfois eu de mauvaises expériences avec des éditeurs, il a opté pour l’autoédition afin de garder le contrôle total sur son projet. Il décrit cette voie comme un véritable artisanat du livre, exigeant mais rendu plus accessible aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux et au crowdfunding.

Comment Maxime Aliaga a-t-il photographié l’orang-outan de Tapanuli ?

Lors d’un premier séjour à Sumatra, une ONG lui apprend qu’une population isolée d’orangs-outans vient d’être identifiée comme nouvelle espèce, l’annonce devant paraître le 17 novembre 2017. Faute d’images existantes, il part trois semaines dans la forêt de Batang Toru et réalise quelques clichés, repris ensuite par la presse du monde entier.

Quelles distinctions Maxime Aliaga a-t-il reçues ?

En 2019, Maxime Aliaga a remporté le Grand Prix du Festival international de la photographie animalière et de nature de Montier-en-Der. Il est par ailleurs membre associé de la Ligue internationale des photographes de conservation et membre actif d’une association de photographes pour la préservation de la nature.

Related Posts

Privacy Preference Center