Parisien devenu enfant du bassin d'Arcachon, Stéphane Scotto a découvert la photographie aérienne pendant son service militaire à Dakar — « les deux plus belles années de ma vie ». Depuis, il survole inlassablement son territoire en ULM pour en révéler la beauté changeante, exposée dans sa galerie et réunie dans sept livres.
Il raconte un parcours de cinéaste devenu photographe de paysage, son engagement pour l'environnement et l'aventure de son dernier ouvrage, « Organique ».
Du cinéma à la photographie aérienne, par l’armée
Né à Paris, Stéphane Scotto se passionne dès douze ans pour le cinéma : courts métrages en super-huit, parodies entre copains, puis un bac audiovisuel et une société de production montée à vingt ans. Spécialisée dans le tournage de concerts à dix caméras — pour NTM, FFF et d’autres —, elle invente presque, avant l’heure, la méthode d’une célèbre émission musicale. Mais le service militaire l’appelle : il signe un contrat long et part comme photographe sur la base de Ouakam, à Dakar. Là, il découvre la photographie aérienne en hélicoptère et le moyen format argentique — « les deux plus belles années de ma vie ». Il restera quatre ans de plus au Sénégal comme photographe de publicité, et y aura une révélation en découvrant les livres de Yann Arthus-Bertrand : l’aérien peut être un art.
Le bassin d’Arcachon, un territoire pour toute une vie
De retour en France en 1999, il s’installe sur le bassin d’Arcachon, où il a passé son enfance, et rachète un magasin photo — tenu, par un hasard troublant, par un ancien photographe de l’armée de l’air lui aussi passé par Dakar. La transition numérique effondre le marché du développement ; il traverse des années difficiles. Le déclic vient d’une photo de la dune du Pilat accrochée au mur que des clients veulent lui acheter : il ouvre alors, fin 2003, une galerie de photographie de paysage, sur le modèle d’un Philippe Plisson en Bretagne. Il se spécialise dans les vues aériennes du bassin, prises en ULM porte ouverte, en tirages numérotés à trente exemplaires. Son engagement contre l’urbanisation et les pollutions du bassin lui vaut les foudres d’élus locaux et, en 2011, la fermeture de sa première galerie. Suivent des années d’exil — Cape Cod, la Guadeloupe, Saint-Barthélemy — avant qu’il ne se réinstalle près de chez lui, à Gujan-Mestras, dans une galerie plus grande et plus haut de gamme.
« Organique » et l’aventure du livre hors norme
Son septième livre, « Organique », est son plus audacieux : un très grand format vertical de cinquante-deux vues aériennes du bassin à marée basse, presque abstraites, où les formes et les couleurs du sable et des algues deviennent un paysage graphique. Quatre couvertures différentes en font un objet de collection, et des QR codes mènent à des vidéos « making of » tournées en vol, avec les échanges entre le photographe et son pilote. La fabrication a tourné au cauchemar — défauts d’impression, réimpression intégrale, crise du papier — dont il tire une leçon pour ses confrères tentés par l’autoédition : tout vérifier soi-même. En toile de fond, l’incendie de l’été 2022, qui a ravagé la forêt du bassin, ouvre pour lui un nouveau chantier au long cours. Son mot d’ordre, au fond, résume ce podcast : « raconter la photographie, pas seulement montrer nos photos ».
Stéphane Scotto nous recommande un livre
Stéphane Scotto raconte que sa vocation est née devant un livre de Yann Arthus-Bertrand sur la Bretagne vue du ciel, découvert dans une librairie — le déclic de son amour de la photographie aérienne.
Liens
Pour suivre Stéphane Scotto :
À écouter aussi sur Photo Storia :
- Caroline Bardin (épisode n°25)
- Maurice Ascani (épisode n°27)
- Olivier Hannauer (épisode n°32)
- Sylvie Bouaidi Levrat & Alice Guibert Joundi (épisode n°37)
- Stéphane Tallon (épisode n°38)
Les références de l’épisode
- Livre « Organique » (2022 ; grand format vertical 30×40 ; 52 vues aériennes du bassin à marée basse ; 4 couvertures ; QR codes vidéo)
- Livres : « Balades en Aquitaine », « Balades en altitude », « Rencontres avec la lumière », « J’ai rêvé du bassin », « Mon petit paradis », « Une autre planète » (préfacé par Yann Arthus-Bertrand)
- Galerie à Gujan-Mestras / la Hume (bassin d’Arcachon) ; ancienne galerie à Arcachon (2003-2011)
- Photographie aérienne en ULM ; pilote Jean-Michel Boudine (ULM A22 rouge)
- Yann Arthus-Bertrand (inspiration, préface) ; Philippe Plisson (modèle de galeriste) ; Jérémie Lenoir (confrère, conférence TEDx sur la photo de paysage)
- Base de Ouakam, Dakar (armée de l’air) ; société « Hôtel du Nord Production » (concerts multi-caméra)
- Tirages numérotés limités à 30 exemplaires
- Incendie du bassin d’Arcachon / La Teste (été 2022), forêt primaire ravagée
- Cluster aérien / paysage : Maurice Ascani (n°27, aérien) ; Caroline Bardin (n°25), Olivier Hannauer (n°32) — → à mapper
Au fil de l’épisode
- 00:03:17 — La passion du cinéma et la société de production
- 00:07:02 — Le service militaire et le départ pour Dakar
- 00:09:58 — La découverte de la photographie aérienne
- 00:15:31 — La révélation Yann Arthus-Bertrand
- 00:17:42 — L’installation sur le bassin d’Arcachon
- 00:21:07 — La dune du Pilat et le déclic de la galerie
- 00:24:52 — L’engagement pour l’environnement du bassin
- 00:28:00 — L’exil : Cape Cod, la Guadeloupe, Saint-Barth
- 00:31:08 — Le retour et la galerie de Gujan-Mestras
- 01:00:21 — Le livre « Organique »
- 01:11:36 — Les déboires de l’impression
- 01:19:22 — Raconter la photographie, pas seulement la montrer
FAQ
Qui est Stéphane Scotto ?
Un photographe de paysage français spécialisé dans la prise de vue aérienne, installé sur le bassin d’Arcachon, qu’il photographie depuis plus de vingt ans. Il tient une galerie à Gujan-Mestras.
Comment est-il venu à la photographie aérienne ?
Pendant son service militaire à Dakar, comme photographe de l’armée de l’air. Il a ensuite eu la révélation de sa dimension artistique en découvrant le travail de Yann Arthus-Bertrand.
Qu’est-ce que le livre « Organique » ?
Son septième ouvrage : un livre grand format réunissant des vues aériennes presque abstraites du bassin d’Arcachon à marée basse, avec quatre couvertures différentes et des QR codes menant à des vidéos tournées en vol.
Comment vend-il son travail ?
En tirages numérotés et limités à trente exemplaires, dans sa galerie, auprès d’une clientèle attachée au territoire. Il défend une photographie qui prend son temps.