Yanick Folly se définit lui-même comme un « chasseur d'images ». Photojournaliste béninois, autodidacte formé sur YouTube devenu correspondant de l'AFP et de l'UNICEF, publié dans la presse internationale, il préfère pourtant sillonner les routes du Bénin à moto pour en révéler la beauté et les habitants.
Dans cet épisode de la série « photographes du monde », enregistré lors d'une rencontre à Lomé, il raconte son parcours, son pays et une photographie profondément engagée.
Yanick Folly, chasseur d’images, à la rencontre du Bénin
De YouTube aux grands titres de la presse
Enfant unique, Yanick Folly était censé devenir comptable ou banquier — « en costard ». La photographie en a décidé autrement. Faute de moyens pour une école trop chère, il apprend seul, sur YouTube, en squattant l’ordinateur d’un ami, sans PC ni appareil. Quelques concours gagnés plus tard, sa vie bascule en 2016, au marché Dantokpa de Cotonou : il photographie le passage du président Talon quand un photographe de l’AFP, qui cherchait justement un correspondant pour le Bénin, le remarque. De là viendront l’Agence France-Presse, l’UNICEF, et des images publiées dans Libération, El País ou le Washington Post — sans compter une formation à Boston qui, dit-il, a « changé beaucoup de choses » en lui.
Chasseur d’images : révéler le Bénin
Cotonou ne l’inspire guère : dès qu’il le peut, il enfourche sa moto pour la vallée de l’Ouémé, la forêt de Lokoli, Ouidah, les collines de Dassa ou le Nord. Son moteur, c’est la fierté : montrer un Bénin que beaucoup, y compris les Béninois, ne connaissent pas. « Pourquoi ne pas valoriser mon pays ? », résume-t-il. Il observe d’ailleurs, ces dernières années, un vrai réveil : le retour des œuvres royales conservées au musée du Quai Branly — les trônes de Béhanzin et de Ghézo — a attiré les foules, et les habitants se mettent à voyager chez eux, à redécouvrir leur histoire. Les photographes, pense-t-il, y sont pour quelque chose : à force de belles images, ils donnent envie.
Un engagement, un rituel, un livre à venir
Sa photographie se fait en lumière naturelle, loin du studio et des flashs, tournée vers le reportage et la rencontre. Elle porte une conviction — « la photographie, c’est une science », aime-t-il répéter à ses élèves, lui qui enseigne aussi à Cotonou. Chaque 25 décembre, il en fait un rituel sacré : il célèbre Noël loin de sa famille, dans des villages reculés, où il imprime et offre les portraits d’habitants qui, parfois, ne s’étaient jamais vus en photo — comme cette mère à qui il rapporte l’unique image de son enfant décédé. Nourri par Sebastião Salgado et rêvant d’intégrer un jour l’agence Magnum, Yanick Folly travaille aujourd’hui à son premier livre, encore en préparation — le temps de trancher, dans un fonds immense, l’histoire qu’il veut raconter.
Yanick Folly nous recommande un livre
« Amazônia » — Sebastião Salgado (Taschen, 2021). La grande monographie de Salgado sur la forêt amazonienne et ses peuples, décrite par Yanick Folly comme un livre magnifique.
Liens
Pour suivre Yanick Folly :
À écouter aussi sur Photo Storia :
Les références de l’épisode
- Livre en préparation (à paraître)
- Agence France-Presse (AFP), UNICEF Bénin
- Presse : Libération, El País, Washington Post, Le Figaro, ELLE, Jeune Afrique
- Prix Alexis Kolan Martinez (hommage à Norbert Zongo)
- Concours « Sous les flashs d’Afrique » (Niamey)
- Concours « 60 solutions contre le réchauffement climatique » (Institut français)
- Forêt de Lokoli, Ouidah, Dassa (la Colline), fêtes vodou (Bénin)
- Retour des œuvres royales du Bénin (musée du Quai Branly → Bénin ; trônes de Béhanzin et de Ghézo)
- École de photographie à Boston ; School Africa, Cotonou (enseignement)
- Sebastião Salgado (« Amazônia ») ; agence Magnum Photos (rêve)
- Drones DJI (Phantom 4, Mavic 2 Pro)
- John Kalapo (n°22), Robert Nzaou (n°8), Wody Yawo (n°33), photographes (confrères du podcast — → à mapper)
Au fil de l’épisode
- 00:02:46 — De YouTube aux premiers concours
- 00:05:33 — Le prix qui change tout
- 00:06:30 — Émerger sans matériel, en squattant un PC
- 00:07:57 — L’AFP et une résidence à Accra
- 00:12:33 — Parcourir le Bénin à moto pour le révéler
- 00:15:16 — Le Bénin face aux autres pays d’Afrique de l’Ouest
- 00:22:06 — Le retour des œuvres et l’engouement du public
- 00:30:04 — Ses clients : AFP, UNICEF, presse internationale
- 00:37:07 — Une photo rendue à une mère endeuillée
- 00:39:49 — Le rituel du 25 décembre dans les villages
- 00:42:24 — Boston, un tournant dans sa formation
- 00:55:44 — Un livre en préparation
- 00:58:50 — Salgado et le rêve de Magnum
- 01:03:58 — Le syndrome de l’imposteur
FAQ
Qui est Yanick Folly ?
Un photojournaliste béninois né à Cotonou, qui se définit comme un « chasseur d’images ». Autodidacte, il est devenu correspondant de l’AFP et travaille pour l’UNICEF, tout en parcourant le Bénin à moto pour ses projets personnels.
Comment a-t-il commencé la photographie ?
En autodidacte, sur YouTube, sans matériel ni ordinateur — en empruntant ceux d’un ami. Repéré par l’AFP en 2016 au marché Dantokpa de Cotonou, il a ensuite travaillé pour la presse internationale.
Quel est son sujet de prédilection ?
Le Bénin lui-même : ses paysages, sa culture, ses habitants. Il parcourt le pays à moto pour en révéler la beauté et redonner aux Béninois la fierté de leur territoire.
A-t-il publié un livre ?
Pas encore : son premier livre est en préparation. Il travaille à en définir la ligne à partir de son immense fonds d’images.
Où voir son travail ?
Sur ses réseaux sociaux, très actifs (Instagram, Facebook), et son portfolio en ligne.