Philippe Pons, trente ans de voyage, du Mexique à l’Himalaya
Biographie de Philippe Pons
Philippe Pons est un photographe voyageur français, ancien cheminot de la SNCF (conducteur de train), originaire de Millau. À partir de 1989, il profite de ses congés pour voyager seul à travers le monde, d’abord en argentique et en diapositive, puis en numérique (boîtiers Nikon). Amateur passionné de voyage lent et de portrait, il a parcouru le Mexique, l’Amérique centrale, l’Asie (Inde, Népal, Birmanie, Indonésie, Cambodge), l’Afrique (pays dogon au Mali), le Yémen, le Sahara, l’Éthiopie ou encore la Scandinavie. À la retraite, il a numérisé son fonds de diapositives pour en tirer un premier livre auto-édité, « 30 ans de voyage ».
D’un quai de gare aux quatre coins du monde
Philippe Pons est entré très jeune à la SNCF, à dix-sept ans, d’abord dans les gares du Sud puis à la conduite des trains, jusqu’à finir sa carrière à Millau, sa région d’origine. Le déclic du voyage lui vient vers 1989, d’une soirée diapositives chez un ami : l’envie de partir, seul. Il accumule fériés et heures de nuit, obtient deux mois de congés hors vacances scolaires — un arrangement où tout le monde est gagnant — et s’envole pour le Mexique et le Guatemala. Il se revoit sortir de l’aéroport de Mexico à minuit, seul, un espagnol scolaire pour tout bagage.
La photographie et le voyage naissent ensemble : impossible, dit-il, de choisir entre « voyageur photographe » et « photographe voyageur ». À l’époque, on prépare un départ des mois à l’avance, en bibliothèque, sans internet, avec un Guide du routard trouvé sur place. On part avec trente ou quarante pellicules dans le sac. Un jour, au Canada, un vendeur lui glisse : « Monsieur, vous avez entendu parler du numérique ? » — il faudra s’y résoudre, lui l’amoureux de l’argentique.
Trente ans à voyager lentement
Ce qui le définit, c’est le voyage lent : prendre le temps de s’acclimater, de s’asseoir une après-midi sur un banc, de se poser dans un village pour y avoir un quotidien, rencontrer, créer des liens — et faire, alors, de vrais portraits. Sa mémoire est un atlas : la Birmanie, où il a le plus photographié les gens ; le Sahara algérien et libyen ; les nuits à la belle étoile sur les toits, le long de la falaise de Bandiagara, en pays dogon ; le Yémen de 2006, ses villages de pierre et le fléau du qat ; l’Inde, de Calcutta au Ladakh et au Kerala ; le mont Bromo à Java, où il fustige la caravane de touristes chronométrés ; le Népal et le camp de base des Annapurna.
Certains lieux le marquent au fer : les volcans du désert du Danakil, en Éthiopie, paysage lunaire de soufre et de sel où un orage providentiel lui offre une image que « personne n’a » ; le musée du génocide de Tuol Sleng, au Cambodge, dont il met un jour à se remettre ; les aurores boréales de Tromsø, par vingt degrés sous zéro. Et cette conviction, martelée : détester l’expression « j’ai fait tel pays », tant on n’y fait, au fond, que passer.
« 30 ans de voyage », un livre né de la retraite et du confinement
Rien ne prédestinait ces images à un livre. C’est en voulant sauver ses diapositives du temps qu’il les fait numériser — près de dix mille — et que ressurgissent, « en plein visage », trente années de souvenirs, parfois si lointains qu’il ne se reconnaît plus tout à fait dans celui qui les a vécus. La retraite venue, puis le confinement, lui laissent le temps ; un club photo, rejoint sur le tard, lui donne le regard des autres. Le déclic final naît au Salon de la photo, à Paris, où il tombe sur le stand d’un imprimeur qui, l’accent aidant, se révèle installé tout près de chez lui.
Fabriquer le livre : le chemin de fer d’un cheminot
Cet imprimeur, c’est Escourbiac, dans le Tarn, à un peu plus d’une heure de Millau. Le courant passe, on lui dit qu’il y a « matière à faire quelque chose ». Commence alors le tri — vingt mille images dégrossies à l’écran — puis la grande question : raconter voyage par voyage, par thèmes ? Il tranche par continent. Ironie du sort pour un ancien cheminot, l’étape suivante porte un nom qu’il découvre : le « chemin de fer » du livre. Un graphiste de la maison exécute la mise en page, au fil d’allers-retours ; surtout, il ose lui dire quand une idée ne tient pas — précieux pour un premier livre. Emporté par l’enthousiasme, Philippe Pons rêve d’abord d’un fourreau rouge, d’une couverture en tissu gravée ; le sourire du commercial et un devis le ramènent à une couverture cartonnée, plus raisonnable.
Vendre, se montrer : l’autre voyage
Financé sur ses fonds propres, le livre n’est encore rentré qu’à moitié dans ses frais. Pour le diffuser, il sillonne les librairies d’Occitanie, de Tarbes à Nîmes, multiplie les dédicaces — où les visiteurs viennent souvent lui raconter leurs propres voyages plutôt qu’acheter. Le plus dur, pour cet homme discret, aura été l’aspect commercial : « se mettre en avant ». C’est aussi pour cela qu’il préfère le podcast à la vidéo — un micro suffit. Reste, au bout du compte, le sentiment d’avoir fait « un autre voyage », et d’être entré, comme tout auteur d’un livre, dans un certain cercle.
Liens
Pour suivre Philippe Pons :
À écouter aussi sur Photo Storia :
Les références de l’épisode
- Livre « 30 ans de voyage » (auto-édité)
- Escourbiac, imprimeur (Tarn)
- Guide du routard, Lonely Planet
- Blurb (maquette de livre)
- Pays dogon, falaise de Bandiagara (Mali)
- Désert du Danakil, Erta Ale, Dallol (Éthiopie)
- Mont Bromo (Java, Indonésie)
- Temples d’Angkor, le Bayon ; musée de Tuol Sleng (Cambodge)
- Camp de base des Annapurna (Népal)
- Bruce Springsteen, Southside Johnny, Danny Clinch (New Jersey)
- François Claerhout, photographe (confrère du podcast, pays dogon et Yémen — → à mapper)
- Lolo et John, photographes, livre sur l’Inde à moto (confrères du podcast — → à mapper)
- Sophie Bourgeix et Gérard Bayssière, co-présents au salon du livre photo auto-édité d’Aix-en-Provence (confrères du podcast — → à mapper)
Au fil de l’épisode
- 00:01:30 — Cheminot à la SNCF, de Toulouse à Millau
- 00:02:24 — Le déclic du voyage : premier départ au Mexique
- 00:05:44 — Voyager solo, sans internet
- 00:09:13 — De la diapositive au numérique
- 00:20:41 — La Birmanie, le Sahara, les terres traversées
- 00:21:58 — Nuits à la belle étoile en pays dogon
- 00:23:43 — L’éloge du voyage lent
- 00:45:52 — Les volcans du Danakil, en Éthiopie
- 00:51:27 — Le mont Bromo, à Java
- 00:56:48 — Le mémorial de Tuol Sleng, au Cambodge
- 01:01:10 — Les aurores boréales à Tromsø
- 01:10:20 — Le Yémen de 2006
- 01:14:25 — Les temples d’Angkor
- 01:16:14 — Un sommet de l’Himalaya (Annapurna)
FAQ
Qui est Philippe Pons ?
Un photographe voyageur français, ancien cheminot de la SNCF. Pendant trente ans, il a profité de ses congés pour voyager seul à travers le monde et photographier, d’abord en diapositive puis en numérique. Il a auto-édité le livre « 30 ans de voyage ».
De quoi parle le livre « 30 ans de voyage » ?
Il compile trois décennies de photographies de voyage, organisées par continent : Mexique, Inde, Birmanie, Yémen, pays dogon, Népal, Cambodge, Éthiopie, Scandinavie… Mêlant beaux paysages et scènes de vie, il est né de la numérisation de son fonds de diapositives.
Comment le livre a-t-il été fabriqué ?
En auto-édition, chez l’imprimeur Escourbiac (Tarn), à partir d’environ dix mille diapositives numérisées et triées. La mise en page a été organisée par continent, avec l’aide d’un graphiste, et financée sur fonds propres.
Comment voyageait-il quand il était cheminot ?
En cumulant fériés et heures de nuit, il obtenait de longs congés hors vacances scolaires, ce qui lui permettait de partir plusieurs semaines, souvent seul, pour des voyages au long cours.
Quelle est son approche du voyage et de la photo ?
Le voyage lent : rester longtemps au même endroit, s’immerger dans un village, prendre le temps de la rencontre — condition, pour lui, de vrais portraits.