Marjolaine Vuarnesson, de la peinture au Polaroïd, une photographie plasticienne
Biographie de Marjolaine Vuarnesson
Marjolaine Vuarnesson est une artiste photographe française, installée en région parisienne. D’abord peintre et sculptrice — sa première exposition date de 1995 — elle vient à la photographie à la fin des années 2000, d’abord en numérique puis, surtout, en argentique et au Polaroïd. Photographe plasticienne, elle travaille par séries, pratique le transfert d’émulsion et le détournement du négatif Polaroïd, et fait le choix rare de vendre ses images comme des originaux uniques. Elle a exposé près d’une centaine de fois et publié, aux Éditions Bessard, le livre « Apparitions ».
De la peinture au Polaroïd
Marjolaine Vuarnesson a longtemps été « le vilain petit canard » des expositions : peintre et sculptrice à la fois, elle ne savait jamais dans quelle salle on allait l’accrocher. Sa première exposition remonte à 1995, à quinze ans. La bascule vers la photographie se fait progressivement, vers 2007-2008, quand la peinture lui inspire moins : elle emprunte l’appareil numérique de son père, découvre la macro — sa première série, « Un petit monde dans une goutte d’eau » — et comprend que la photographie « n’est pas juste un clic ». Puis elle hérite des appareils argentiques de son grand-père, remet en route un petit laboratoire, et trouve là des possibilités créatives bien plus riches que le numérique — une façon, aussi, de vivre sa passion loin de l’écran, elle qui passe ses journées devant un ordinateur.
Vendre l’unique : une photographe qui pense en peintre
De la peinture, elle a gardé une conviction rare chez les photographes : elle vend des originaux, des pièces uniques. Le Polaroïd s’y prête, qu’elle triture, sépare, dont elle transfère l’émulsion ou travaille le négatif — sauvant au passage des images que la nouvelle chimie, plus fragile, ferait disparaître. « Tu produis une œuvre unique, tu la vends, et tu es content de savoir qu’elle sera appréciée ailleurs plutôt que de prendre la poussière », dit-elle. Habituée depuis toujours à montrer son travail — près de cent expositions en vingt-sept ans — elle voit dans la confrontation au public le meilleur moyen de progresser.
Apparitions : un rêve en images
« Apparitions » est née d’un travail d’éditing mené lors d’une masterclass avec Julien Magre. En étalant ses tirages et ses négatifs Polaroïd, elle a vu « quelque chose se passer entre les images » : des associations entre photographies couleur et négatifs monochromes, qui racontent le rêve d’une femme — l’amour idéal, le désir, la solitude, la fragilité, la résilience, jusqu’au soleil du matin qui fait sortir du songe. Les visages y sont rares, souvent absents ou coupés : on ne met pas de visage sur ce qui n’existe pas. Le livre s’ouvre sur une citation de Romain Gary et place les textes après les images, pour ne pas guider le regard — elle a appris, en exposant, combien le public voit dans une photographie des choses que l’auteur n’y avait pas mises.
Fabriquer le livre : entre édition et auto-édition
Le chemin vers le livre a été sinueux : un premier éditeur, rencontré pendant le confinement, avec qui elle travaille près d’un an avant que le projet n’échoue. C’est finalement Pierre Bessard, des Éditions Bessard, qui sauve l’aventure — dans une formule hybride, à mi-chemin de l’édition et de l’auto-édition : elle finance une partie, le reste passe par une campagne de financement participatif. Le résultat est un bel objet : reliure japonaise, couverture en papier calque translucide où le titre apparaît par transparence, coffret collector limité accompagné d’un tirage argentique. Un incident de papier, en pleine impression, l’oblige même à imprimer et plier elle-même, chez elle, les couvertures de tous les exemplaires — vingt minutes par livre, soir après soir. Preuve, s’il en fallait, que passer par un éditeur n’épargne pas toujours les coulisses artisanales du livre photo.
Liens
Pour suivre Marjolaine Vuarnesson :
À écouter aussi sur Photo Storia :
Les références de l’épisode
- Livre « Apparitions » (Éditions Bessard, avec coffret collector limité)
- Série « Un petit monde dans une goutte d’eau » (macro)
- Série « Dream City » (négatifs Polaroïd)
- Éditions Bessard, Pierre Bessard (éditeur) ; Thibault Geffroy (graphiste)
- Make Photography Masterclass (Julien Magre, Sabrina Biancuzzi)
- The Twelve Twelve Project (collectif Polaroïd)
- Impossible Project / Polaroïd
- Mamiya (moyen format)
- Romain Gary, « La Promesse de l’aube »
- La Chambre Claire (librairie)
- Eric Bouvet, photographe (confrère du podcast, évoqué pour ses Polaroïd — → à mapper)
- Gérard Bayssière, photographe (confrère du podcast, peintre devenu photographe plasticien — → à mapper)
Au fil de l’épisode
- 00:01:19 — De la peinture et la sculpture à la photographie
- 00:03:11 — La bascule : macro, argentique, Polaroïd
- 00:04:23 — « Un petit monde dans une goutte d’eau »
- 00:07:00 — Polaroïd : transferts d’émulsion et conservation
- 00:07:45 — Vendre des originaux, une pièce unique
- 00:11:46 — Près de cent expositions en vingt-sept ans
- 00:17:29 — Le Twelve Twelve Project
- 00:19:06 — « Apparitions » : la genèse d’une série d’auteur
- 00:23:31 — Associer les images couleur et les négatifs Polaroïd
- 00:26:29 — Lire le livre, image par image
- 00:47:00 — Éditions Bessard : entre édition et auto-édition
- 00:54:01 — Fabriquer les couvertures soi-même
FAQ
Qui est Marjolaine Vuarnesson ?
Une artiste photographe française, d’abord peintre et sculptrice, venue à la photographie à la fin des années 2000. Photographe plasticienne, elle travaille surtout l’argentique et le Polaroïd, et vend ses images comme des originaux uniques.
De quoi parle le livre « Apparitions » ?
D’un rêve : celui d’une femme qui traverse le désir, la solitude, la fragilité et la résilience, de l’amour idéal de l’adolescence aux relations de l’âge adulte. Le livre mêle photographies couleur et négatifs Polaroïd, sans guider le regard.
Qu’est-ce que sa photographie plasticienne ?
Une pratique héritée de la peinture : compositions travaillées, transferts d’émulsion Polaroïd, détournement des négatifs, et le choix de produire des œuvres uniques plutôt que des reproductions.
Comment le livre a-t-il été publié ?
Aux Éditions Bessard, dans une formule hybride entre édition et auto-édition : financement en partie personnel, en partie par crowdfunding. Relié à la japonaise, avec une couverture en papier calque, il a même été en partie façonné à la main par l’artiste.
Où voir et acheter son travail ?
Sur son site officiel et lors de ses expositions ; le livre « Apparitions » est disponible sur son site et à la librairie La Chambre Claire.