Joan Haas, photographe de montagne, la lumière des Dolomites
Biographie de Joan Haas
Joan Haas est photographe de montagne et graphiste, installé en Alsace, du côté d’Eguisheim et de Colmar, non loin de sa vallée de Munster natale. Ancien batteur reconverti dans le graphisme, il vient à la photographie en 2014 et se spécialise dans le paysage de montagne, avec une prédilection pour l’esthétique et la lumière. Membre d’un collectif de photographes à Colmar, il a consacré quatre années et six expéditions au massif des Dolomites, dont il a tiré son premier livre auto-édité, « Dolomiti — Sommets en lumière », imprimé chez Escourbiac.
Avant la photographie, il y a eu la batterie. Joan Haas a été musicien plusieurs années, jusqu’à ce que ses oreilles disent stop, en 2008. Il s’est alors reconverti dans le graphisme, pour rester dans la création. La photo est arrivée plus tard, en 2014, presque par accident : un réflex Canon offert par sa compagne de l’époque. Le déclic a été immédiat. Graphiste, il maîtrisait déjà le traitement de l’image ; restait à apprendre la prise de vue — vite acquise, dit-il — et surtout à se forger une culture et un regard, le vrai travail d’une vie.
Comme beaucoup, il a d’abord tout essayé, l’urbex, le portrait, l’urbain, avant de revenir à ce qu’il aimait bien avant la photo : la montagne. Enfant de la vallée de Munster, il a fait de la nature et des sommets son terrain. Sa première vraie réussite, il s’en souvient : un 1er janvier, sur les crêtes entre Alsace et Lorraine, une mer de brouillard remontant la vallée et se mêlant aux halos du village. Une photo de paysage de montagne — comme une évidence, un cap.
Ses montagnes de prédilection sont devenues les Dolomites, ce massif italien classé à l’UNESCO où il est retourné six fois. Il y décrit un rythme bien à lui : marcher toute la journée pour repérer les spots, puis se poster au coucher du soleil et attendre, parfois jusqu’à l’orage, la lumière qui fera l’image. Il démystifie au passage l’aventurier que les réseaux sociaux laissent imaginer : il a un CDI de graphiste, dort dans un Airbnb au fond de la vallée, et certaines de ses plus belles photos ont été faites à un quart d’heure d’un parking. Le vrai travail, dit-il, c’est de donner à voir une montagne débarrassée du déjà-vu.
Le livre, lui, est né du confinement. Bloqué chez lui au printemps 2020, il a repris quatre années d’images, harmonisé les traitements, puis imprimé toutes ses photos pour composer le chemin de fer à même le plancher de son studio — seule façon, selon lui, de voir vraiment le livre. La mise en page a suivi une logique saisonnière et colorimétrique, du bleu des ciels à l’orange des mélèzes. Pour l’impression, il s’est tourné vers Escourbiac, où il a appris l’anatomie du livre, la construction des cahiers, et signé les épreuves finales la main tremblante — quatre ans de travail entérinés d’un trait.
Reste ce qu’il retient le plus : le grand écart entre poster une image gratuitement et demander aux gens d’acheter un livre. Sa prévente, menée en un mois sur une plateforme de financement participatif, l’a obligé à se montrer, à « se mouiller », lui qui laissait ses photos parler seules. La surprise a été belle : des inconnus ont acheté le livre. Et Joan Haas d’en tirer une leçon intime — offrir un livre, c’est laisser un peu de soi chez les autres.
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Les références de l’épisode
- Livre « Dolomiti — Sommets en lumière » (auto-édité, Escourbiac) · Massif des Dolomites (Italie, patrimoine mondial de l’UNESCO) · Vallée de Munster, Eguisheim, Colmar (Alsace) · Collectif de photographes à Colmar · Financement participatif (Ulule) · Réflex Canon · Escourbiac (imprimeur) · Influences : Daniel Kordan, Enrico Fossati, Vincent Munier
Au fil de l’épisode
- 00:00:16 — Présentation de Joan Haas, photographe de montagne et graphiste
- 00:01:08 — Son parcours : graphiste de formation, venu à la photographie en 2014
- 00:02:14 — Ses origines dans la vallée de Munster et son retour naturel vers la montagne
- 00:03:00 — Son premier boîtier, offert par sa compagne
- 00:03:45 — Ce que le graphisme apporte à son traitement de l’image
- 00:05:15 — Sa culture de la photo de paysage et ses influences
- 00:06:58 — Le rapport entre technique et regard de graphiste
- 00:09:02 — L’évolution du matériel et le passage aux hybrides
- 00:10:37 — L’importance des rencontres et des échanges avec d’autres photographes
- 00:11:04 — Argentique, numérique et ouverture à d’autres styles
- 00:13:56 — Les contraintes du terrain et le poids du sac
- 00:15:10 — Privilégier le spot au coucher du soleil plutôt que le confort
- 00:15:53 — Emmener sa femme en repérage
- 00:17:31 — Une anecdote d’expédition sous les orages
- 00:19:13 — La genèse de la photo « Théâtre des Brumes »
- 00:20:08 — Une rencontre inattendue lors d’une ascension
- 00:22:06 — Écrire les anecdotes de terrain dans le livre
- 00:22:50 — L’idée du livre née pendant le confinement
- 00:24:18 — Sauver ses photos et en faire un devoir de mémoire
- 00:25:37 — Le choix d’un livre qui rende les gens heureux
- 00:26:02 — Sa surprise face aux nombreux retours
- 00:27:37 — Comment se déroule une expédition en montagne
- 00:28:25 — Démystifier l’image de l’aventurier
- 00:29:22 — Une anecdote sur les infrastructures et l’accès aux sommets
- 00:31:13 — Paysages de carte postale contre images inédites
- 00:32:59 — La condition physique et l’équipement nécessaires
- 00:34:05 — Sa toute première vraie image, sur une crête entre Alsace et Lorraine
- 00:36:15 — Combien de temps il peut rester sans photographier
- 00:38:22 — Quelques photos réalisées dans les Vosges cet hiver
- 00:39:02 — Cadrer dans sa tête, même sans appareil
- 00:41:03 — Un échange sur la peinture et le dessin, en écho à un précédent épisode
- 00:41:47 — Le processus pour sortir un livre
- 00:42:35 — Le tri des photos et l’élimination des doublons
- 00:43:52 — Reprendre quatre années d’expéditions dans les Dolomites
- 00:44:30 — Imprimer les photos et les étaler sur le plancher du studio
- 00:45:29 — La mise en page sur InDesign
- 00:46:04 — Les pages de texte du livre
- 00:47:13 — La prise de contact avec l’imprimeur
- 00:49:04 — Signer les épreuves et recevoir les livres
- 00:49:56 — Une anecdote de livraison
- 00:52:44 — Une prévente volontairement courte, d’un mois
- 00:53:15 — Le lancement du livre
- 00:54:23 — Se mettre à nu en publiant un livre
- 00:55:38 — En quoi faire un livre change le photographe
- 00:56:03 — Le financement du projet
- 00:59:07 — Les devis d’imprimeries et leurs écarts de prix
- 01:01:44 — Le choix de l’imprimeur et l’exigence de qualité
- 01:03:28 — Le travail graphique et le rôle des pages blanches
- 01:05:43 — Le soin apporté à la typographie
- 01:07:08 — Son passé de musicien et le parallèle avec la musique
- 01:09:05 — L’espacement des lettres et le lettrage
- 01:12:38 — Ses conseils typographiques pour un photographe qui édite
- 01:12:59 — La plateforme Collection My Way
- 01:15:14 — Collection Miroir, lancée avec sa femme
- 01:16:31 — Un livre diffusé par les libraires locaux plutôt qu’en grande surface
- 01:18:01 — Le livre « Dolomitique, Sommets en lumière » et où le trouver
- 01:19:00 — Les messages reçus de lecteurs
- 01:20:10 — Conclusion et remerciements
FAQ
Qui est Joan Haas ? Un photographe de montagne alsacien, ancien batteur devenu graphiste, venu à la photographie en 2014 et spécialisé dans le paysage de montagne.
De quoi parle son livre « Dolomiti — Sommets en lumière » ? De quatre années et six expéditions dans le massif des Dolomites, en Italie, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, à la recherche de la plus belle lumière.
Comment le livre a-t-il été fabriqué ? Auto-édité et financé par une campagne de financement participatif, il a été imprimé chez Escourbiac ; la mise en page a été composée photo par photo à même le plancher de son studio.
Est-il vraiment un aventurier ? Il s’en défend : graphiste en CDI, il préfère parler de passion de la montagne et de patience plutôt que de performance.