Florent Tallarico est auteur photographe à Nice, portraitiste et reporter — et lui-même réserviste. Pendant deux ans, il a suivi en immersion les réservistes du 21e régiment d'infanterie de marine, ces « doubles citoyens » qui partagent leur vie entre métier civil et engagement militaire. Il en a tiré un livre auto-édité, « Réservistes », lauréat du Prix du Nord 2020.
Dans ce double rendez-vous, il raconte d'abord ce monde méconnu, puis les coulisses très concrètes de la fabrication de son livre.
Florent Tallarico, deux ans en immersion avec les réservistes de l’armée
De Nice au 21e RIMa : devenir photographe, devenir réserviste
Florent Tallarico découvre la photographie adolescent, avec un petit argentique acheté à Nice, avant d’y revenir à l’université : en licence de communication, deux professeurs photographes — Olivier Monge, de l’agence MYOP, et le plasticien Eric Bourret — lui rouvrent la porte. Après un passage par le droit, il se lance comme auteur photographe en 2014, tourné vers le portrait en noir et blanc au studio, qu’il travaille volontiers au moyen format argentique. En 2016, marqué par les attentats — Charlie, le Bataclan, puis Nice, un mois à peine après sa formation initiale — il s’engage lui-même dans la réserve opérationnelle. C’est de l’intérieur, appareil à la main, que naîtra son sujet.
Mettre en lumière ceux qui restent dans l’ombre
De cette expérience naît un constat : on voit partout des livres sur les commandos, la Légion, les parachutistes, mais jamais sur la réserve opérationnelle, pourtant très présente, notamment dans l’opération Sentinelle. Il décide de leur rendre hommage. Pendant deux ans, il photographie en immersion les sixième et septième compagnies du 21e régiment d’infanterie de marine, à Fréjus — ces citoyens qui, du chauffeur de bus à l’avocat, mettent leur temps libre au service de la nation, cherchant l’équilibre entre vie professionnelle, vie de famille et engagement. Démarche jusqu’au bout : il reverse cinq euros par livre à l’association « 30 jours de mer », qui aide les blessés de guerre à se reconstruire par la voile. Le livre lui vaudra le Prix du Nord 2020.
Des visages et une histoire
Son parti pris esthétique dit tout de son intention : le noir et blanc, pour ne pas dater les images et montrer des activités que les générations passées et futures partagent. Au fil des pages, des portraits en studio dialoguent avec le reportage. Il s’arrête longuement sur monsieur François Chauvin, parrain de la sixième compagnie — un vétéran engagé à dix-huit ans, blessé au lendemain de la traversée du Rhin en 1945, passé par l’Indochine, disparu en 2021 à quatre-vingt-quatorze ans. Ou sur cette caporal-chef, professeure de SVT dans le civil et monitrice de combat au corps à corps sous l’uniforme : une image, dit-il, « dans l’air du temps » d’une institution qui se féminise.
Fabriquer le livre : cahiers, papier et bichromie
Le second volet de la rencontre entre dans la mécanique de l’auto-édition. Pour l’éditing, Florent Tallarico part de deux cents images qu’il « assume », les soumet à un panel de proches et repère les photographies récurrentes, qui deviennent la colonne vertébrale de son récit — le parcours du réserviste, de la formation initiale aux stages. Vient ensuite la maquette, sous InDesign appris à l’université, épurée mais équilibrée. Attentif à l’objet — « une photographie n’est terminée que sur le papier » — il choisit un papier soigné, un tirage en bichromie (noir et Pantone gris) et un pelliculage adapté à un livre destiné à des mains parfois pleines de terre. Le tout imprimé chez Escourbiac, avec John Briens et Olivier Godefroy, en cahiers de seize pages — clef, explique-t-il, pour maîtriser le coût.
L’armée, l’auto-édition et ses contraintes
Une difficulté propre à son sujet a rythmé le projet : la validation par l’institution militaire. Par souci de transparence et de sécurité — une image peut révéler beaucoup de renseignements — chaque photographie et chaque texte ont été validés, droits à l’image signés. La préface, signée du chef de corps, ne lui est parvenue que la veille de l’impression : il a dû valider le fichier depuis une aire d’autoroute, du côté de Béziers, en partage de connexion. Ses conseils aux futurs auto-éditeurs sont ceux d’un homme qui a tout appris en faisant : relire, relire encore les textes pour chasser les coquilles, envisager une correction typographique, et bien préparer ses images pour l’impression. Car faire un livre, résume-t-il, c’est exercer d’un coup une dizaine de métiers.
Liens
Pour suivre Florent Tallarico :
À écouter aussi sur Photo Storia :
Les références de l’épisode
- Livre « Réservistes » (auto-édité)
- Prix du Nord 2020 (Union nationale des officiers de réserve)
- Association « 30 jours de mer » (soutien aux blessés de guerre)
- 21e régiment d’infanterie de marine (21e RIMa), Fréjus
- École de l’aviation légère de l’armée de terre, Le Cannet-des-Maures
- Escourbiac, imprimeur (avec John Briens et Olivier Godefroy)
- Olivier Monge (agence MYOP) et Eric Bourret (plasticien), ses professeurs
- Villa Aurélienne, Fréjus (exposition)
- Fred Marie, photographe (confrère du podcast, armée / défense — → à mapper)
- John Briens, imprimeur chez Escourbiac (confrère du podcast — → à mapper)
Au fil de l’épisode
- 00:02:03 — L’association 30 jours de mer, aide aux blessés de guerre
- 00:06:36 — De la photo adolescente aux études (communication, droit)
- 00:09:05 — Auteur photographe depuis 2014, portraitiste
- 00:15:04 — Argentique moyen format ou numérique : quel choix ?
- 00:24:19 — Comment il est venu à la réserve et au livre
- 00:26:33 — Mettre en lumière la réserve opérationnelle
- 00:27:55 — Des vies partagées entre civil et militaire
- 00:30:36 — François Chauvin, vétéran de 39-45 et d’Indochine
- 00:39:29 — Le « marsouin » : d’où vient le nom
- 00:43:08 — Le portrait de la caporal-chef, la féminisation de l’armée
- 00:01:22 — L’aventure de l’auto-édition
- 00:03:03 — Choisir les images : de deux cents photos à la sélection finale
- 00:05:43 — Construire l’histoire : le parcours du réserviste
- 00:13:36 — Cent vingt photographies : reportage et portraits
- 00:16:45 — L’équilibre d’une maquette épurée (InDesign)
- 00:19:25 — Les cahiers, le papier, le coût
- 00:22:24 — Le choix du papier et la bichromie
- 00:29:45 — Faire valider le livre par l’institution militaire
- 00:37:36 — La préface validée sur une aire d’autoroute
- 00:41:16 — Ses conseils : relire les textes, préparer les images
FAQ
Qui est Florent Tallarico ?
Un auteur photographe installé à Nice, portraitiste et reporter, lui-même réserviste dans l’armée. Il a auto-édité le livre « Réservistes », lauréat du Prix du Nord 2020.
De quoi parle le livre « Réservistes » ?
De la réserve opérationnelle de l’armée, un monde méconnu. Pendant deux ans, Florent Tallarico a photographié en immersion les réservistes du 21e régiment d’infanterie de marine, ces citoyens qui partagent leur vie entre métier civil et engagement militaire.
Pourquoi ce sujet ?
Parce que la réserve opérationnelle, très présente notamment dans l’opération Sentinelle, reste dans l’ombre. Le livre lui rend hommage, et cinq euros par exemplaire sont reversés à une association d’aide aux blessés de guerre.
Comment le livre a-t-il été fabriqué ?
En auto-édition, chez l’imprimeur Escourbiac : 160 pages, un tirage en bichromie (noir et Pantone gris), un papier soigné et un pelliculage. Chaque image et chaque texte ont été validés par l’institution militaire.
Quelle est la pratique photographique de Florent Tallarico ?
Le portrait en noir et blanc au studio, souvent au moyen format argentique, et le reportage en numérique, ainsi qu’un travail plus plasticien.