Deux Françaises tombées amoureuses d'Essaouira ont uni leurs talents pour lui rendre hommage. Sylvie Bouaidi Levrat, photographe, et Alice Guibert Joundi, autrice, signent à quatre mains « Essaouira Entr'acte », un beau livre indépendant où les images répondent aux mots.
Rencontrées dans la cité des alizés, elles racontent leur ville de cœur, la délicate question de la photographie au Maroc, et l'aventure d'un ouvrage mené de bout en bout en toute liberté.
Sylvie Bouaidi Levrat & Alice Guibert Joundi, Essaouira à quatre mains, entre images et mots
Deux femmes, une ville de cœur
Elles vivent toutes deux à Essaouira depuis longtemps. Sylvie Bouaidi Levrat, ancienne fleuriste aux mille métiers, y a posé ses valises il y a plus de vingt ans ; fille de parents rencontrés en cours de photo, elle a toujours photographié — par plaisir, sans se dire photographe — avec un faible pour l’intemporelle vie de famille marocaine. Alice Guibert Joundi, bordelaise installée au Maroc depuis une quinzaine d’années, a été tour à tour enseignante, communicante et journaliste ; elle a longtemps animé « Made in Essaouira », un média en ligne dédié au patrimoine et aux talents de la ville. C’est dans ce « petit village » qu’est Essaouira qu’elles se sont croisées et appréciées. Quand Sylvie a eu l’idée d’un livre, elle a tout de suite pensé à Alice — à sa plume et à sa connaissance intime de la cité. Le duo s’est imposé : à Sylvie les photographies, à Alice les textes et la maquette.
Photographier au Maroc : une question de regard
Leur échange s’attarde longuement sur un sujet sensible : le rapport à l’image au Maroc. Le droit à l’image y est strictement protégé, et beaucoup vivent la photographie de rue comme un vol — « l’âme passe par le regard », résume Alice. Le tourisme de masse et les téléphones, qui mitraillent marchands et passants à longueur de journée, ont accentué cette défiance. Sylvie, qui aime s’approcher au 35 mm et connaître le prénom de ceux qu’elle photographie, préfère les silhouettes discrètes aux portraits volés, « qui n’ont rien à raconter ». Toutes deux rappellent qu’il existe de belles exceptions — comme les portraits d’anonymes affichés par l’équipe de JR dans la ville — quand la démarche est respectueuse et assumée. Elles évoquent aussi un Maroc très vigilant sur le matériel photo, où douanes et drones exigent patience et autorisations.
Essaouira Entr’acte, un beau livre indépendant
Pour garder la maîtrise de A à Z — couverture, photos, choix du papier —, elles ont refusé d’attendre un éditeur et lancé un financement participatif sur Ulule à l’automne 2021. Cent huit contributeurs, amis, familles et amoureux d’Essaouira, leur ont permis de dépasser leur objectif et d’imprimer un millier d’exemplaires — les premiers reçus, in extremis, un 24 décembre. Tout a été fait maison : la maquette apprise « sur le tas », les conversions colorimétriques pour l’impression offset, le papier recyclé choisi pour son gris tendre et son moindre impact. Seule la couverture, très graphique, a été confiée à leur amie Laetitia Lazerges, qui a décliné les couleurs des chapitres — le bleu de l’océan, l’ocre des murailles, les teintes de la terre. Un objet sobre et personnel, à l’image de la ville qui les inspire.
Liens
Pour suivre Sylvie Bouaidi Levrat :
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À écouter aussi sur Photo Storia :
Les références de l’épisode
- Livre « Essaouira Entr’acte » (Sylvie : photographies ; Alice : textes et maquette ; autoédité)
- Média en ligne « Made in Essaouira » (Alice) — guide et information sur la ville
- Financement participatif Ulule (automne 2021 ; 108 contributeurs ; ~1000 exemplaires ; ~125 %)
- Couverture par Laetitia Lazerges ; logiciel Affinity ; impression offset ; papier recyclé
- Essaouira (Maroc), médina ; festival « Les Nuits photographiques » (Pierrevert / Essaouira)
- JR (portraits d’anonymes affichés à Essaouira) — cité
- Cluster « beau livre d’un territoire aimé » : Olivier Hannauer (n°32, Strasbourg), Stéphane Scotto (n°34, bassin d’Arcachon) — → à mapper
- Duo d’auteurs : Lolo & John (n°13)
Au fil de l’épisode
- 00:01:11 — Qui est Sylvie, qui est Alice
- 00:03:56 — Comment elles ont atterri à Essaouira
- 00:06:22 — Vivre dans la médina
- 00:10:14 — Le média « Made in Essaouira »
- 00:14:34 — Photographier au Maroc, le droit à l’image
- 00:19:10 — L’exemple de JR à Essaouira
- 00:25:46 — La douane et le matériel photo
- 00:29:28 — La genèse du livre
- 00:58:14 — Le crowdfunding pour rester libres
- 01:11:06 — La couverture de Laetitia Lazerges
- 01:20:45 — Le choix du papier recyclé
FAQ
Qui sont Sylvie Bouaidi Levrat et Alice Guibert Joundi ?
Deux Françaises installées à Essaouira, au Maroc, autrices du livre « Essaouira Entr’acte ». Sylvie en signe les photographies, Alice les textes et la maquette.
De quoi parle le livre « Essaouira Entr’acte » ?
De la ville d’Essaouira, à laquelle les deux autrices sont profondément attachées. Il mêle photographies et textes, dans un ouvrage organisé en chapitres colorés évoquant l’océan, la ville et la terre.
Comment le livre a-t-il été financé ?
Par un financement participatif sur Ulule, réuni grâce à cent huit contributeurs, pour rester entièrement libres de leur projet et l’autoéditer.
Pourquoi la photographie est-elle délicate au Maroc ?
Parce que le droit à l’image y est très protégé et que la photographie de rue est souvent vécue comme une intrusion. Les autrices privilégient une approche respectueuse, faite de silhouettes plutôt que de portraits volés.