Sylvain Sester est un photographe voyageur alsacien qui, depuis une vingtaine d'années, met l'appareil au service de la rencontre. Photographie humaniste, immersion chez l'habitant, portrait posé : sa démarche vise moins le paysage que le visage, et particulièrement celui des enfants, croisés de Madagascar à l'Inde, de la Mongolie à l'Indonésie.
Dans cet entretien enregistré fin 2020, il raconte sa manière d'aller vers les gens, quelques rencontres qui l'ont marqué à vie, et l'aventure de son premier livre auto-édité, La vie est belle — une ode à la joie simple.
Sylvain Sester, photographe voyageur, portraits d’enfants du monde
Le voyage comme rencontre
Sylvain Sester se présente d’emblée comme photographe voyageur, et cite volontiers Alexandra David-Neel : « voyager sans rencontrer l’autre, ce n’est pas voyager, c’est se déplacer. » Tout est là. Longtemps salarié dans l’industrie chimique, en Alsace et en Suisse, il a consacré pendant quinze à vingt ans l’ensemble de ses congés au voyage — au moins deux destinations par an — avant de se consacrer pleinement à la photographie. Il voyage avec son épouse et privilégie le logement chez l’habitant, souvent via des agences de tourisme équitable. Ce qu’il cherche, c’est l’immersion : se sentir « loin de tout », partager le quotidien des familles, couper du bois, monter une yourte. Sa photographie est résolument humaniste : le visage plutôt que le décor.
Bali, Madagascar, la Birmanie, l’Inde, le Venezuela, la Mongolie, l’Indonésie… Ses destinations se choisissent pour la rencontre bien plus que pour la carte postale.
Le portrait posé et les enfants du monde
Sa spécialité revendiquée, c’est le portrait posé en voyage — pas la street photo. Sa méthode tient en une image : se perdre. Il part le matin, se laisse égarer dans les vieilles villes comme Bénarès, pousse les portes, crée le contact. « Il faut être humble, mais il faut y aller proactivement », résume-t-il, ajoutant qu’il n’essuie « quasiment jamais de refus ». Les enfants tiennent une place centrale : « souvent on dit que je suis le photographe des enfants », confie-t-il, lui qui en publie une image chaque dimanche. Il aime saisir des enfants sûrs d’eux, dont l’assurance, dit-il, « rend super bien sur la photo ».
Ce travail se prolonge en expositions — dix à quinze par an ces dernières années. En dédicace, chaque image a son histoire : celle d’une rencontre, d’un lieu, d’un instant partagé.
Des visages qui ne s’oublient pas
Tout commence dans le nord de la Thaïlande, où un accompagnateur l’envoie seul dans un village d’ethnies. Il y assiste à une cérémonie funéraire animiste et réalise quantité de portraits : « c’était le début de cette aventure. » Parmi ses influences, il nomme Olivier Föllmi, le photographe du Ladakh, qu’il appelle « un passeur de passion », et Steve McCurry, pour son célèbre portrait de l’Afghane aux yeux verts. De là lui vient une nouvelle envie : retourner voir les gens qu’il a photographiés. Sur l’île de Florès, il raconte la petite Amelia et ses clous de girofle, un village incendié puis reconstruit, une enfant retrouvée adolescente sur les réseaux. À Madagascar, la famine du sud le bouleverse et l’amène à s’interroger sur le « côté voyeur » du voyageur ; il y noue aussi une amitié avec le photographe Pierrot Men, installé à Fianarantsoa.
La couverture de son livre résume cette quête : le portrait d’une petite fille, en Mongolie, saisi après un orage.
La vie est belle, un livre fait maison
L’étincelle du livre, c’est le festival de Montier-en-Der, où il est invité en novembre 2020. Après avoir comparé éditeur et auto-édition, il choisit de tout maîtriser et travaille directement avec un imprimeur spécialisé. Le projet est financé par une campagne de financement participatif et bouclé en quelques mois, de mars à septembre. Il vise un « beau livre » : grand format à l’italienne, couverture rigide, autour de 160 pages et 130 photos, en couleur. Le tirage — mille exemplaires pour un objectif initial de cinq cents — se vend aux deux tiers. Le plus dur, dit-il, aura été l’editing : écarter des images qu’il aimait pour servir l’ensemble.
Reste la logistique, artisanale : des ouvrages d’un kilo à emballer et expédier un à un. Au bout du compte, après le stress, il retient un mot : « plaisir. »
Sylvain Sester nous recommande un livre
Sylvain Sester cite comme influence majeure le travail d’Olivier Föllmi sur le Ladakh et le Zanskar, découvert dans sa jeunesse — « un passeur de passion » qui a nourri son goût du voyage et de la rencontre.
Liens
Pour suivre Sylvain Sester :
À écouter aussi sur Photo Storia :
- John Briens (épisode n°5)
- Denis Aubry (épisode n°7)
- Lolo & John (épisode n°13)
- Alexandre Sattler (épisode n°29)
Les références de l’épisode
- Alexandra David-Neel, exploratrice et écrivaine, qu’il cite sur le sens du voyage
- Olivier Föllmi, photographe du Ladakh, qu’il présente comme « un passeur de passion »
- Steve McCurry, pour son célèbre portrait de l’Afghane aux yeux verts
- Pierrot Men, photographe installé à Madagascar (Fianarantsoa), parrain d’une de ses expositions
- Le Festival de Montier-en-Der, où il a été invité en novembre 2020
- L’imprimerie Escourbiac (Tarn-et-Garonne), qui a imprimé son livre
- La plateforme de financement participatif KissKissBankBank
- La vie est belle, son premier livre (auto-édition, 2020)
Au fil de l’épisode
- 00:00:16 — Présentation de Sylvain Sester
- 00:00:43 — Photographe voyageur : la rencontre avant tout
- 00:01:38 — Alexandra David-Neel et la philosophie du voyage
- 00:02:26 — Ses pays de prédilection
- 00:03:38 — Son ancien métier, deux voyages par an
- 00:05:10 — Voyager en couple, chez l’habitant
- 00:06:29 — La Mongolie et la famille de la petite en couverture
- 00:07:35 — Le portrait posé, pas la street photo
- 00:09:34 — Se perdre dans Bénarès pour créer la rencontre
- 00:13:34 — Exposer et aller vers les gens
- 00:17:02 — L’excitation du départ (Pondichéry)
- 00:19:11 — Les anecdotes derrière chaque photo
- 00:23:21 — Le déclencheur : une cérémonie dans le nord de la Thaïlande
- 00:27:57 — Ses influences : Olivier Föllmi, Steve McCurry
- 00:29:24 — Le sud de l’Inde, de Kanyakumari au Kerala
- 00:32:38 — Son regard sur la mendicité en Inde
- 00:37:09 — Le thé, rituel de rencontre
- 00:40:09 — Retourner voir les gens photographiés
- 00:44:02 — L’île de Florès et la petite Amelia
- 00:51:41 — Pierrot Men, ami photographe à Madagascar
- 00:53:22 — La couverture du livre : une petite fille en Mongolie
- 00:59:20 — Montier-en-Der, l’étincelle du livre
- 01:02:02 — Éditeur ou auto-édition ?
- 01:06:08 — Le financement participatif
- 01:14:25 — Le tirage et les ventes
- 01:17:00 — Le cahier des charges d’un beau livre
- 01:19:11 — Le choix des photos, l’editing
- 01:26:10 — La logistique des envois
- 01:34:11 — Le mot de la fin
FAQ
Qui est Sylvain Sester ?
Sylvain Sester est un photographe voyageur établi en Alsace. Il photographie depuis ses vingt ans et a longtemps travaillé dans l’industrie chimique avant de se consacrer pleinement à la photographie. Il pratique une photographie humaniste, tournée vers la rencontre et le portrait posé, et est l’auteur du livre La vie est belle.
Quel type de photographie pratique Sylvain Sester ?
Il pratique une photographie humaniste et de voyage, centrée sur le portrait posé des gens qu’il rencontre, en particulier les enfants. Il privilégie l’immersion et le logement chez l’habitant, et se démarque de la street photo : il cherche le contact et la pose plutôt que l’instantané pris à la volée.
Qu’est-ce que le livre La vie est belle ?
La vie est belle est le premier livre de Sylvain Sester, publié en 2020 en auto-édition. Il rassemble des portraits et des scènes rapportés de ses voyages — sourires, regards et joies simples — conçus comme une ode au bonheur. L’ouvrage a été financé par une campagne de financement participatif.
Dans quels pays Sylvain Sester photographie-t-il ?
Ses voyages l’ont mené notamment à Madagascar, en Inde (de Bénarès au sud du pays), en Mongolie, en Birmanie, en Indonésie (dont l’île de Florès), au Venezuela, en Thaïlande, ainsi qu’au Tchad et dans le Sahara. Il choisit ses destinations pour la rencontre humaine plus que pour les paysages.
Où voir le travail de Sylvain Sester ?
Son travail est visible sur son compte Instagram (@sylvainsester) et sa page Facebook, où il partage régulièrement ses portraits. Son livre La vie est belle est disponible à la vente en ligne. Il expose également fréquemment et a été invité au festival de Montier-en-Der en 2020.